Pour Shinzo Abe, « le Japon ne peut pas se passer du nucléaire »

By on 14/03/2016

S’exprimant en conférence de presse à la veille du 5ème anniversaire de la catastrophe de Fukushima, le 10 mars dernier, le Premier ministre japonais Shinzo Abe est revenu avec conviction sur les difficultés économiques et énergétiques rencontrées par son pays depuis 2011. Balance commerciale en berne, dépendance croissante aux énergies fossiles et bilan carbone désastreux, le gouvernement nippon paie aujourd’hui le prix d’un désengagement trop brutal à l’énergie nucléaire et souhaiterait désormais accélérer la relance de sa production électronucléaire.

Le Japon et le retour indispensable au nucléaire

L’arrêt du nucléaire au Japon suite à la catastrophe de Fukushima a, depuis plus de trois ans maintenant, des conséquences néfastes sur l’économie nationale. Entrainant une augmentation significative des importations d’énergies fossiles pour alimenter les nombreuses centrales thermiques au gaz et au charbon remises en marche, il pèse fortement sur la balance commerciale et prive les collectivités territoriales de ressources importantes.

Mais les conséquences sur le plan environnemental sont bien pires encore. Le gouvernement de Shinzo Abe a dévoilé en 2015 un taux d’émissions de CO2 record pour l’exercice 2013-2014 alors même que le Japon s’était engagé en 2010 à améliorer son bilan carbone. Une ambition qui prévoyait à cette époque le développement accrue de l’énergie nucléaire et qui impose aujourd’hui, pour Shinzo Abe, une prise de conscience collective sur le rôle joué par l’atome dans le mix électrique national et dans les politiques de décarbonisation.

Comme l’a déclaré la semaine dernière le Premier ministre nippon, « notre pays pauvre en ressources ne peut se passer de l’énergie nucléaire pour se garantir un approvisionnement régulier en énergie, tout en tenant compte des considérations économiques et du changement climatique ».

Le gouvernement souhaiterait notamment réduire ses émissions de gaz à effet de serre (en forte hausse depuis 2011) de 26 % entre 2013 et 2030, conformément aux engagements pris envers la communauté internationale, et vise pour cela sur le retour de 20 à 22 % de l’électricité d’origine nucléaire d’ici à 2030. La politique du gouvernement étant désormais d’autoriser le redémarrage de « tous les réacteurs nucléaires jugés sûrs » par l’Autorité de régulation nucléaire. En parallèle, les énergies renouvelables verraient leur part portée à 22-24 % d’ici à 2030, contre 11 % en 2014.

Le nucléaire, une alternative énergétique en plein développement à l’international

Le Japon n’est toutefois pas le seul à souhaiter un retour du nucléaire sur le devant de la scène. Cette énergie, à la fois bon marché et décarbonée, s’impose progressivement dans de nombreux pays développés ou émergents, comme une énergie incontournable pour les années à venir.

Fortement dépendants des hydrocarbures pour leur production d’électricité nationale et pressés par une volonté nouvelle de réduire leurs émissions de CO2, plusieurs pays en voie de développement envisagent en effet l’intégration du nucléaire dans leur mix électrique. L’Algérie, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte, mais aussi l’Afrique du Sud, le Vietnam, le Bangladesh ou l’Inde souhaitent désormais diversifier leurs sources d’énergie tout en assurant à leur population un approvisionnement électrique bon marché.

L’Egypte par exemple, a renforcé en 2015 sa coopération avec l’agence russe Rosatom pour la construction de sa première centrale nucléaire. Elle entend par ce biais garantir la sécurité d’approvisionnement d’un réseau électrique toujours instable et asseoir davantage son influence à l’échelle régionale. De son côté, le président sud-africain Jacob Zuma a réaffirmé au mois de février dernier sa volonté de relancer rapidement le programme d’extension du parc de production nucléaire national. L’Afrique du Sud, victime de délestages récurrents ces dernières années, espère ainsi mettre en service d’ici à 2029 plus de 9.600 MW de puissance supplémentaire, soit l’équivalent de huit réacteurs et 23 % de son mix électrique.

Mais outre ces pays émergents, les pays développés connaissent eux aussi un regain d’intérêt pour le nucléaire. Disposant déjà de moyens de production significatifs, ces grandes puissances nucléaires que sont la France, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni se penchent quant à elles vers un prolongement de la durée d’exploitation des centrales via des programmes de maintenance et d’optimisation de leurs équipements. Au Royaume-Uni par exemple, le gouvernement a autorisé au début du mois de février la prolongation de quatre centrales du groupe EDF Energy, filiale de l’électricien français outre-manche. En France, le programme dit du Grand carénage, financé par EDF, pourrait permettre sous réserve de validation du gouvernement et de l’Autorité de sûreté, de prolonger jusqu’à 50 ans la durée du vie de nos centrales nucléaires. Aux Etats-Unis enfin, la question d’une prolongation des centrales se pose également depuis plusieurs années. Une enquête de l’autorité de sûreté nucléaire américaine, la Nuclear Regulatory Commission (NRC), étudie actuellement l’éventualité d’une nouvelle extension de la durée de fonctionnement de 60 à 80 ans.

 

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