Le nucléaire, ce fidèle serviteur mal-aimé

By on 16/12/2016

Le nucléaire n’a pas bonne presse en France. Pourtant, il occupe une place centrale dans la politique d’indépendance énergétique française et contribue largement à faire baisser l’empreinte carbone énergétique du pays. Si à terme, les énergies renouvelables doivent occuper la pole position de notre mix énergétique, le nucléaire s’avère être un maillon indispensable dans la transition énergétique.

Mais qu’est-ce que l’indépendance énergétique ?

Indépendance énergétique. Voilà un terme aujourd’hui à la mode, mais dont l’origine est parfois oubliée. Année 1971, le monde connaît son premier choc pétrolier. La France est profondément affectée. Son choix, dix ans auparavant, de « sortir du charbon » rend l’hexagone particulièrement vulnérable aux fluctuations du prix du baril. Ne pouvant continuer à se fournir à l’étranger, le pays se retrouve dès lors à court de ressources énergétiques immédiatement disponibles ce qui pousse notre gouvernement à prendre des mesures.

Et voilà que se développe la notion d’indépendance énergétique. Il s’agit donc de privilégier le développement d’une offre énergétique nationale. Cette indépendance est calculée grâce à un indicateur officiel, le taux d’indépendance énergétique (le rapport entre la production nationale d’énergie primaire d’un pays et sa consommation d’énergie primaire réelle). Il est exprimé en tep (tonne équivalent pétrole), une unité transversale qui évalue la quantité de combustible fossile qui aurait été nécessaire pour produire le même résultat énergétique.

Le moyen choisi pour atteindre ce nouvel objectif ? Un programme nucléaire soutenu. Choix pour le moins efficace puisqu’aujourd’hui, le pays, avec ses 58 réacteurs pour une puissance installée de 63 GW, possède le deuxième parc nucléaire mondial juste derrière celui des États-Unis. En parallèle, notre taux d’indépendance énergétique est passé de 22,7 % en 1973 à 55,2 % en 2015 — un chiffre particulièrement haut pour un pays qui importe la quasi-intégralité du pétrole, du gaz et du charbon qu’il consomme. La mission est donc remplie et c’est plutôt une bonne nouvelle…

En effet, être indépendant énergétiquement est aujourd’hui primordial. Devant l’augmentation de la demande des pays émergents (doublement alimentée par une croissance démographique galopante et un développement économique qui s’accompagne de besoins énergétiques croissants), les détenteurs de ressources seront de plus en plus enclins à les conserver pour eux. À ce titre, l’exploitation américaine du gaz de schiste afin de renforcer son indépendance pétrolière est un exemple éloquent : le pays a préféré ouvrir la voie à une exploitation de ses propres ressources malgré les risques écologiques qui y sont liés, plutôt que de rester dans un réseau géopolitique complexe qui finirait par l’exposer à des situations périlleuses (refus d’approvisionnement, hausse des prix, etc.). En France, on l’a vu, c’est le nucléaire qui rééquilibre sensiblement la balance énergétique. Il se charge à lui seul de 78 % de la production d’électricité.

Pas de transition énergétique sans nucléaire ?

Combiné à l’hydraulique (12 %), le nucléaire assure 90 % de la production d’électricité, et ce avec des émissions de gaz à effet de serre très basses. Et il s’agit là de la seconde donnée cruciale dans le débat énergétique contemporain : la question de l’empreinte carbone des différents moyens de production. Là où le choix américain est contestable et contesté, c’est qu’il laisse totalement de côté la question environnementale. La COP 21, qui s’est tenue à Paris l’an dernier, est pourtant venue nous rappeler à quel point la préservation de notre planète est vitale. La réduction des émissions de gaz à effets de serre est aujourd’hui un impératif.

Si le nucléaire apparaissait comme une solution idéale dans les années 70, il est aujourd’hui rattrapé par certaines réalités : le stockage de déchets à très long terme, la sécurité des infrastructures — en particulier en période d’alerte terroriste — ou encore la question des limites de ressources d’uranium. Aussi, la transition énergétique ne doit pas uniquement reposer sur le nucléaire, mais doit aussi passer par le développement des énergies renouvelables (EnR). Ces dernières plus qu’aucune autre font partie des énergies du futur, et sont amenées à jouer un rôle croissant dans nos sociétés. Elles permettent de renforcer l’indépendance énergétique du pays, tout en réduisant les émissions de gaz à effets de serre, et sont donc à promouvoir.

Pour l’heure, en France, le tout EnR est une fiction. Une année compte 8 760 heures. Et en théorie, la production éolienne permet en moyenne d’alimenter le pays en énergie durant 2 000 heures par an et la production solaire environ 1 000 heures par an. De plus, durant l’hiver où les besoins culminent, la production solaire est faible, et elle est nulle au moment de la pointe de consommation électrique, le soir. Et si l’hydroélectricité peut apparaître comme une énergie d’ajustement, elle permet de produire seulement 1 900 heures par an — ce qui est insuffisant pour prendre le relai des EnR précitées. Il est donc actuellement illusoire de penser tout EnR en France — et le nucléaire demeure le secteur ayant le moins d’impact sur l’environnement disponible aujourd’hui. Si sa place dans notre mix énergétique va être amenée à se réduire à mesure que les technologies vertes se développent, il reste un facteur indispensable de l’indépendance énergétique décarbonée en France.

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