Nucléaire français : un désaveu justifié ?

By on 26/01/2017
nucléaire

Pour faire face à l’actuelle vague de froid, EDF a annoncé devoir redémarrer neuf des douze réacteurs nucléaires à l’arrêt. Une décision pour le moins impopulaire alors que l’atome est plus que jamais sous le feu de la critique. Mais plus généralement, ce recours pose la question de la place de l’énergie nucléaire dans le mix énergétique tricolore, et des perspectives de son remplacement.

Pour faire face à la vague de froid qui touche la France métropolitaine, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a autorisé, la semaine dernière, le redémarrage de neuf réacteurs – les réacteurs Bugey 4, Dampierre 3, Fessenheim 1, Gravelines 2 et 4, Saint-Laurent-des-Eaux B1 et Tricastin 1, 3 et 4. L’opérateur EDF se trouvait en effet dans une situation de sous-production susceptible de provoquer un black-out sur son réseau à l’une des périodes les plus froides de la saison. Ces réacteurs avaient été fermés en octobre dernier pour cause de vérifications préventives et EDF était tenu de réaliser, sous trois mois, des contrôles complémentaires sur les générateurs de vapeur des réacteurs dont les fonds avaient été produits par la société Japan Casting and Forging Corporation (JCFC). La cause de ces contrôles : une teneur anormalement élevée en carbone décelée dans l’acier de ces fonds pouvant engendrer des risques de rupture de tube(s) de générateur de vapeur.

Cristallisation des débats…

Paradoxalement, alors qu’EDF relance ses réacteurs et que ces derniers permettront à la France d’affronter la période hivernale, le nucléaire cristallise les débats, et est plus que jamais sous le feu de la critique. Il faut dire qu’à la prise de conscience de la réalité du réchauffement climatique post-COP21 s’ajoute le contexte particulier de la campagne présidentielle, qui offre une formidable caisse de résonance aux polémiques et aux propositions les plus fantasques. Qu’il s’agisse récemment de certains candidats à la primaire de la Belle Alliance Populaire ou, plus à gauche, de l’engagement de Jean-Luc Mélenchon de sortir du nucléaire d’ici 2050, incriminer le nucléaire est vendeur. Plus vendeur que d’incriminer d’autres énergies fossiles au bilan carbone bien plus néfaste pour l’environnement, mais toujours moins vendeur que de promettre l’eldorado : un avenir énergétique national 100 % renouvelable.

…et empressement à faire table rase de l’existant

Dans l’urgence de la réduction de la dépendance aux hydrocarbures et de la lutte contre le réchauffement climatique, l’empressement à faire tale rase de l’existant et à privilégier le tout renouvelables a pourtant déjà fait quelques victimes. N’en témoigne l’exemple de l’Allemagne, dont les autorités, après avoir pris la décision de démanteler une grande partie du parc nucléaire national, sont désormais contraintes d’importer de l’électricité en grande quantité, notamment de France (à hauteur de 2.000 MW par jour). Sans compter que cette opération de substitution d’une énergie bas carbone (le nucléaire) par d’autres, bas carbone également (éolien et solaire), n’a pas au pays de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) : dans l’incapacité de satisfaire ses besoins énergétique grâce aux renouvelables seuls, l’Allemagne a dû relancer ses centrales à charbon et émet aujourd’hui autant de GES qu’en 2009. Parallèlement, la place prépondérante du nucléaire dans le mix énergétique français permet à l’Hexagone de figurer sur le podium des États européens les moins émetteurs de CO2 (avec une intensité carbone moyenne de 109 gCO²eq/kWh pour une moyenne européenne de 331 gCO²/kWh).

Vers le tout renouvelables ?

Du fait de leur caractère intermittent et en l’état actuel des avancées technologiques en matière de stockage d’électricité, les énergies vertes ne sont pas à même, aujourd’hui, de satisfaire à elles seules les besoins énergétiques des pays développés ou en développement (exception faite du Costa-Rica, seul État au monde dont le mix énergétique repose à 98,7 % sur les énergies vertes). Et l’Hexagone ne déroge pas à cette règle. En 2015, les énergies renouvelables représentaient 17,4 % de la production électrique tricolore (139,9 Mtep), contre 80 % pour le nucléaire. Une production électrique renouvelable qui plus est encore largement dominée par l’hydraulique, à près de 70 %, laissant pour le moment peu de place aux énergies solaire, éolienne, géothermique et biomasse dans le mix énergétique actuel. Le 31 décembre dernier, la France comptait plus de 46 gigawatts de capacités de production d’électricité à partir de sources renouvelables. Une hausse de 5 % par rapport à 2015 qui certes, signe la réussite de la politique française en matière de développement des énergies renouvelables, mais qui ne sera pas suffisante, selon le baromètre de l’association Observ’ER, pour atteindre les objectifs nationaux en matière d’EnR à l’horizon 2023 ou 2030. Et surtout, qui ne permettra pas de répondre à la demande énergétique du pays.

Confronté à la menace du réchauffement climatique, le monde aura besoins de toutes les énergies bas carbone disponibles. Car le défi est de taille : pour limiter ce dernier à 2°C, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime que 80 % de l’électricité mondiale devra être bas carbone d’ici 35 ans (contre 30 % aujourd’hui). Alors que la demande d’électricité mondiale est appelée à doubler, le nucléaire doit être considéré, en France comme ailleurs, non pas comme un frein au développement des énergies renouvelables, mais comme une technologie bas carbone fiable, compatible avec le déploiement des énergies vertes.

Par Henri Gabriel

Crédits photo : @EDF – GUIBBAUD CHRISTOPHE

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