Sûreté nucléaire : où en est-on ?

By on 07/02/2017
nucleaire

Centrale nucléaire de Cattenom, en Lorraine, le 31 janvier dernier : le feu dévore un bâtiment administratif, situé à l’écart des zones industrielle et nucléaire du site. Rapidement maitrisé, et sans qu’aucune conséquence pour la sécurité du personnel ni pour la sûreté des installations ne soit à déplorer, l’incendie n’en relance pas moins le débat sur la sécurité du nucléaire, en général, et du parc français, en particulier. Un débat aussi ancien que l’énergie nucléaire elle-même. Un débat qui s’est de nouveau, et avec une singulière acuité, invité à la une des médias du monde entier après la catastrophe de Fukushima.

Un programme post-Fukushima à 10 milliards d’euros

Centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, le 11 mars 2011 : à la suite d’un séisme de magnitude 9, un tsunami dévaste la côte Pacifique japonaise. La centrale est touchée : défauts de refroidissement, fusions de cœur au sein de plusieurs réacteurs, ruptures de confinement, rejets radioactifs… Saisies en direct, les images de l’explosion de l’un des réacteurs font le tour de la planète.

Dans le monde entier, le drame de Fukushima interroge. L’opinion publique est sous le choc. Les gouvernements réagissent en ordre dispersé. Plusieurs pays reconsidèrent la part du nucléaire dans leur mix énergétique. Certains, comme l’Allemagne, choisissent de tourner le dos à cette énergie. D’autres enfin, à l’image de la France, investissent dans un certain nombre de mesures destinées à renforcer, encore et toujours, la sûreté de leur parc nucléaire.

Avant de proposer des pistes d’amélioration, il convient d’analyser, de questionner. Un audit est confié par le premier ministre français à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). EDF lance également un audit interne sur la conception de ses centrales. En novembre 2011, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) présente un rapport de près de 500 pages ainsi qu’une note d’analyse sur les « évaluations complémentaires de sûreté » post-Fukushima. L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) est également saisi.

Après la catastrophe de 2011, c’est toute la filière française qui a dû réorganiser sa manière de concevoir, de prévenir et de maîtriser les évènements naturels extrêmes qui pourraient toucher un réacteur. Des « stress tests », ou tests de résistance, ont aussi été menés sur l’ensemble des centrales du continent par l’Union européenne.

Surtout, les enseignements tirés du drame de Fukushima ont convaincu EDF d’engager un lourd programme d’investissements. A la suite du rapport de l’ASN, quelque 10 milliards d’euros ont été planifiés par l’électricien français afin d’améliorer la sécurité des 58 réacteurs et 19 centrales que compte le pays : nouveaux équipements, comme ces moteurs diesel de secours, moyens complémentaires en eau et en électricité, systèmes de refroidissement des enceintes… Il s’agit de réussir là où Tepco, l’exploitant de la centrale japonaise, avait échoué : le refroidissement du combustible nucléaire. De larges efforts sont également consacrés au renforcement d’une « culture de sûreté » : un « expert séismes » est désormais présent sur claque site d’EDF, et de nombreuses formations sont dispensées aux salariés du groupe.

Décliné en plusieurs phases opérationnelles, ce plan d’investissement a également permis, dès 2012, de créer une nouvelle force spéciale, chargée d’intervenir en moins de 24 heures sur un site nucléaire français gravement accidenté.

La FARN, les pompiers du nucléaire

La FARN, pour Force d’action rapide nucléaire, c’est un peu l’Agence tous risques de nos centrales. 300 spécialistes, des « équipiers », comme ils sont surnommés chez EDF, formés pour intervenir dans les meilleurs délais en cas d’accident majeur.

Composées de 14 agents EDF volontaires, les équipes de la FARN recouvrent l’ensemble des compétences et corps de métiers présents dans une centrale nucléaire. Et pour cause : s’ils sont bien sélectionnés en interne, formés et qualifiés pour les plus sensibles des missions, les « équipiers » n’en poursuivent pas moins leurs activités professionnelles à mi-temps. Le reste du temps, ils s’entraînent. De véritables pompiers du nucléaire.

Et comme les pompiers, les membres de la FARN disposent d’un équipement impressionnant : groupes électrogènes, pompes, compresseurs, semi-remorques porte-char, camion grue, pick-up… Basées à Civaux (Vienne), Paluel (Seine-Maritime), Dampierre (Loiret) et Buguey (Ain), les équipes de la FARN ont pour mission d’acheminer et de mettre en œuvre des moyens autonomes de réalimentation en eau, en air et en électricité sur le site d’un accident. Quelle que soit la situation, elles doivent assurer la conduite, la maintenance, la radioprotection et la logistique nucléaire. « Mobilisables en une heure [selon EDF] les équipiers de la FARN peuvent intervenir en moins de 24 heures dans n’importe quelle centrale nucléaire, pour apporter des renforts humains et des moyens de secours matériels ».

Complémentaire des dispositifs déjà existants, comme le Plan d’urgence interne (EDF) ou le Plan particulier d’intervention (Etat), le lancement de la FARN aura nécessité un investissement de 150 millions d’euros. Si l’électricien français confesse être, avec la FARN, « un peu en avance par rapport à d’autres pays », d’autres exploitants trouvent l’idée intéressante.

Crédits photo : @iStock

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