EPR : le nucléaire français tient la corde

By on 24/04/2017

L’industrie nucléaire française est dans la tourmente. Les déboires financiers d’Areva et les retards sur les chantiers de Flamanville et en Finlande n’y sont pas pour rien. Pourtant, si l’EPR connaît des retards, ils ne doivent pas faire oublier les promesses qu’il porte, alors que le monde n’a jamais autant eu besoin d’électricité décarbonée.

 L’EPR : entre technologie de pointe et sûreté nucléaire

Le parc nucléaire français vieillit. Les écologistes ne cessent de le répéter et EDF a dû se lancer dans un grand carénage afin d’assurer une durée de vie plus importante de ses centrales tout en améliorant les dispositifs de sûreté. Une course contre la montre a débuté et pourrait bien s’achever sur un triomphe dès lors que les réacteurs de 3e génération seront sortis de terre. Appelés EPR – abréviation de réacteur pressurisé européen – ils sont considérés comme des réacteurs de 3e génération en raison des avancées techniques qu’ils comprennent. Un tel réacteur fonctionne sur le principe de la fission nucléaire et de l’eau pressurisée. Deux éléments déjà maîtrisés (réacteur à eau sous pression), mais bien plus efficaces et sûrs dans cette version modernisée.

L’EPR n’est pas qu’un bel écrin plus moderne censé rassurer les populations qui vivent dans son environnement proche. Ce type de réacteur produit plus d’énergie que ses prédécesseurs. 1 600 MWe contre environ 1 000 MWe pour les réacteurs aujourd’hui en service, soit assez pour éclairer un million de personnes. Une centrale nucléaire dotée de trois réacteurs EPR suffirait à fournir plus d’énergie que ce dont Paris a besoin. Des performances bien supérieures qui ne se font pas au détriment de la sûreté. Les leçons tirées de l’accident de Fukushima portent leurs fruits et expliquent en partie le retard sur les sites français et finlandais. Le risque d’accident grave se trouve limité grâce à 4 systèmes redondants de sûreté. Une épaisse enveloppe de confinement entoure le réacteur et dans le cas le plus dramatique où le cœur aurait fondu, il s’écoulerait dans un « récupérateur de corium », préservant ainsi les sols de toute pollution.

Enfin, la durée de vie – qui fait débat actuellement – de ce nouveau réacteur serait de 60 ans pour les pièces non remplaçables, soit 20 années de plus que les réacteurs actuels avant recours à un grand carénage.

L’EPR constitue donc une performance technologique qui mêle sûreté et meilleure production d’énergie. De plus, selon Areva, l’EPR consomme entre 7 % et 15 % d’uranium en moins que les actuels réacteurs pour chaque kWh produit. Dans le même temps, un EPR engendre environ 10 % de moins de déchets radioactifs que les réacteurs actuellement en service. Des atouts importants à l’heure d’un tout « green » soutenu par une grande majorité de la population, mais qui a encore du mal à proposer de l’énergie abondante et peu chère avec les méthodes utilisées.

Le nucléaire a bel et bien un avenir avec l’EPR

La montée en puissance des énergies renouvelables et les mauvaises nouvelles qui ont entouré le nucléaire depuis l’accident de Fukushima en 2011 ont pu donner l’impression que l’atome devait être rangé parmi les curiosités énergétiques du XXe siècle. Pourtant, le marché mondial du nucléaire est en plein essor, notamment dans plusieurs pays asiatiques qui envient les bénéfices des centrales de 3e génération. Parmi ces pays on retrouve, sans surprise, la Chine et l’Inde. Etats les plus peuplés au monde, leurs besoins en énergie sont immenses et toujours croissants. Ainsi, l’arrivée de réacteurs EPR est perçue comme une opportunité et deux réacteurs de ce type sont actuellement en construction en Chine. Les deux autres sont, pour rappel, situés en France et en Finlande.

L’Inde a doublé sa production nucléaire en six ans et Xavier Ursat, directeur exécutif du groupe EDF en charge de l’ingénierie et des projets, espère bien vendre six EPR dans ce seul pays. Il déclarait fin mars 2017 qu’« En Inde, on est assez content des progrès faits depuis l’année dernière et on ne désespère pas de pouvoir signer un premier accord cette année pour engager des études ». EDF, en pointe dans l’EPR, espère faire au moins aussi bien en Inde qu’en Grande-Bretagne où après plusieurs années de négociations, les travaux de construction de la centrale d’Hinkley Point ont débuté il y a presque six mois.

Il faut convaincre et se distinguer de la concurrence étrangère qui n’est pas avare en projets de réacteurs proches de ceux de l’électricien français EDF. Ainsi, le russe Rosatom est très actif et a décroché trente-six contrats à l’étranger pour construire des réacteurs de 3e génération. Seize sont déjà en chantier en Biélorussie, Inde, Chine ou encore en Turquie. Outre-Atlantique, General Electric et Westinghouse (racheté par le japonais Toshiba) ne sont pas en reste avec des techniques révolutionnaires de refroidissement en cas d’incident. Les firmes chinoises, quant à elles, s’émancipent peu à peu des modèles occidentaux et commencent à proposer leurs propres solutions à l’exportation.

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