Retards sur le Grand Paris : une aberration économique

By on 21/08/2018
Europacity

Le projet du Grand Paris prend du retard. Problèmes de financements, sous-estimations des contraintes techniques et surtout, véritable labyrinthe bureaucratique ralentissent la mise en œuvre de ce vaste chantier. Une aberration économique : comment, dans un pays avec une croissance atone et 6 millions de chômeurs, peut-on « prendre son temps » pour la mise en œuvre d’un projet indispensable à notre compétitivité ? D’autant plus que dans le sillon du Grand Paris, plusieurs plans d’aménagement du territoire doivent apparaître, comme le village Europacity ou le Grand Paris Express. Des chantiers potentiellement riches en emplois et en retombées économiques.

En 2014, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Paris Île-de-France publiait étude sur la compétitivité des villes globales. Conclusion : « Il y a urgence » à faire émerger une métropole de taille mondiale à Paris. Quatre ans plus tard, le projet patine alors que la Région capitale fait face « à un double défi : celui d’un retour durable de la compétitivité et de l’attractivité, et celui de la croissance et de l’emploi ».

D’où l’importance, selon la CCI, d’imaginer un nouveau modèle économique au sein duquel « le Grand Paris peut faire la différence ». Cette stratégie pourrait en effet « contribuer à la création d’au moins 250 milliards d’euros de PIB supplémentaires d’ici à 2030 », un gain qui permettrait à son tour d’atteindre une croissance de plus de 3 % par an sur la période et de créer de 800 000 à 1 000 000 d’emplois.

Partagé par de nombreux experts, ce constat est également celui d’Alain Cluzet, directeur général des services de Courbevoie et lauréat du prix Haussmann 2018 pour son ouvrage Le Grand Paris : l’accélération du monde. Pour ce dernier, « Il n’est plus de croissance économique structurelle sans moteur métropolitain. Le top 100 des économies mondiales compte cinquante États, dix grands groupes et déjà quarante métropoles », explique-t-il.

Un gouvernement peu pressé

Mais le projet du Grand Paris continue de prendre du retard et de nombreuses incertitudes persistent sur le sort des départements de la première couronne, la fiscalité des établissements publics territoriaux ou encore la mission des communes de proximité, regrette Alain Cluzet.

Il y a pourtant une fenêtre d’opportunités : Paris bénéficie d’un effet post-Brexit favorable et la ville a atteint en 2018 la troisième place mondiale des investissements internationaux. « C’est un moment exceptionnel à saisir, a fortiori dans un contexte de repli relatif des États-Unis », veut croire M. Cluzet.

Mais du côté de l’exécutif pour l’instant, il n’y a guère d’empressement. En janvier dernier, Édouard Philippe s’est contenté de déclarer que tous les projets d’aménagement du territoire, notamment les lignes Grand Paris Express, seraient menés à leur terme, « malgré les retards », estimés entre deux et six ans selon les tracés et les chantiers.Europacity

 

Europacity , axe Paris-Le Havre… Les retombées économiques devront attendre

Ces retards sur la construction des futures lignes de transports en commun, et plus particulièrement sur la ligne 17, chamboulent les plans d’aménagement prévus dans la région. À l’origine prévu pour 2024, le projet Europacity pourrait prendre du retard, pour être finalement fini en 2027. Le chantier est effectivement directement lié à l’apparition prochaine d’une gare de métro dans le triangle de Gonesse.

Situé entre les aéroports du Bourget et de Roissy, le projet du village Europacity est porté par Ceetrus (groupe Auchan) et Wanda Culture Europe (Dalian Wanda Group). Ce complexe de culture et divertissement comprendra des salles d’expositions d’envergure internationale, deux salles de concert, ainsi que de nombreux commerces, hôtels, une ferme urbaine et même un parc aquatique et une piste de ski. Le projet permettra surtout de créer plus de 11 000 emplois et d’attirer 31 millions de visiteurs (dont 6 millions de touristes) par an.

Le retard sur la construction des lignes aura aussi un impact sur l’immobilier : bon nombre de villes comme Villejuif, Le Bourget, Noisy-le-Sec ou Orsay comptaient sur ces nouvelles lignes de transport pour « doper » leur attractivité, attirer de nouveaux habitants, stimuler l’économie. C’est raté, il faudra attendre un peu.

Enfin, la région Normandie attend aussi avec impatience la concrétisation du Grand Paris. Alors que l’axe Paris-Le Havre représente 50 % du trafic fluvial français, elle doit contribuer à booster les échanges commerciaux, l’emploi, ainsi que la performance et la compétitivité industrielles. Le Havre, premier port à conteneurs français, devrait ainsi devenir la porte d’entrée essentielle de la région capitale. « Nous nous plaçons comme territoire support de ce développement économique. C’est pourquoi nous mettons tous les atouts de notre côté. Le Grand Paris a un intérêt direct pour le territoire havrais », se félicite Luc Lemonnier, maire (LR) du Havre. Mais les Normands devront eux aussi être patients…

About La Rédaction

One Comment

  1. FierDeLaFrance

    21/08/2018 at 18 h 36 min

    EuropaCity doit voir le jour, c’est une évidence.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.