Le Kazakhstan, hub de la nouvelle route de la soie

By on 28/09/2018

La route de la soie, avec ses caravansérails où faisaient halte les convois de marchands et de chameaux chargés des trésors épicés de l’Orient mystérieux, n’est pas seulement un fait historique. C’est aussi une part importante de notre imaginaire collectif, qui a marqué la littérature, la peinture ou la poésie. Aujourd’hui, c’est une nouvelle route bien réelle qui est en train de voir le jour : les porte-containers ne suffisant plus à écouler la production industrielle chinoise, « l’usine du monde » entend développer le trafic commercial terrestre. Un projet dont pourrait grandement bénéficier le Kazakhstan en raison de sa position centrale incontournable entre l’Europe et la Chine.

Un nouveau hub du commerce mondial

Lancées par le président chinois Xi Jinping, les nouvelles routes de la soie sont un projet intitulé « Belt and Road Initiative » qui vise à relier, par terre et par mer, la Chine au Proche-Orient, à l’Afrique et à l’Europe en passant par l’Asie centrale. Il s’agit donc d’un vaste programme de construction de voies rapides, de chemins de fer, d’infrastructures portuaires et d’oléoducs dans plus de soixante pays.

En 2013, Xi Jinping avait choisi la capitale kazakhe, Astana, pour annoncer le lancement du projet. Un choix qui ne surprend guerre lorsque l’on sait que le Kazakhstan constitue un point de passage obligé pour ce qui est des voies terrestres : c’est ainsi qu’à l’horizon 2020, une voie rapide traversera le pays du sud au nord-ouest pour rejoindre l’Europe occidentale via Moscou.

Un axe à la fois routier et ferroviaire qui permettra aussi de rallier le Caucase et la Turquie via le port maritime d’Aktaou (situé sur la rive orientale de la mer Caspienne) d’une part, et atteindre l’Iran via l’Ouzbékistan et le Turkménistan d’autre part.

Le trafic de conteneurs sur l’itinéraire terrestre Chine-Kazakhstan-Europe double tous les ans en volume, et pour cause : si le coût du trajet par train demeure trois fois supérieur à celui par bateau (6 000 dollars par conteneur ferroviaire contre 2 000 par mer), la durée du trajet est quant à elle trois fois inférieure (11 à 15 jours en moyenne par voie ferrée, contre 30 à 40 jours par voie maritime)

Ce n’est donc pas un hasard si le volet « transport » du plan de relance de 9 milliards de dollars décidé par le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev porte le doux nom de « Chemin lumineux » (« Nourly Jol ») et épouse justement le tracé de cette nouvelle route de la soie.

Symbole de cette renaissance, la ville frontalière de Korghos : cité effervescente de la route de la soie il y a mille ans, tombée en désuétude comme ses semblables lorsque les échanges entre l’Asie orientale et l’Europe se mirent à favoriser les navires aux caravanes, elle renaît aujourd’hui grâce aux projets chinois. Le Kazakhstan développe le « port sec » de Khorgos conjointement avec deux actionnaires chinois, et il est appelé à devenir un centre logistique entre les deux parties d’une route longue de 11 000 kilomètres. Une « Rotterdam du futur » ?

Une position stratégique à exploiter tout en équilibrant les relations avec la Chine

République indépendante depuis l’effondrement de l’URSS il y a 27 ans, le Kazakhstan est un pays 4 fois grand comme la France, riche en pétrole et en gaz et premier producteur mondial d’uranium. En plus de sa position stratégique qui procure à la Chine une voie de passage alternative en cas de blocage des porte-containers qui empruntent le détroit de Malacca, le Kazakhstan assure donc à l’Empire du Milieu une diversification de son approvisionnement, en réduisant la part de ses importations en provenance du Golfe.

Le Kazakhstan bénéficie de ce fait d’une attention particulière de la part de Pékin, et d’un contexte favorable dont le gouvernement kazakh entend profiter pour diversifier son économie — pour l’heure très dépendante des industries extractives : un fonds sino-kazakh de 2 milliards de dollars, créé en 2015, prévoit ainsi d’investir dans l’acier, l’hydroélectricité et la construction automobile.

En ouvrant son pays aux projets et aux capitaux chinois, le président Nazarbaïev poursuit sa politique étrangère « multivectorielle » qui vise trois objectifs : attirer les capitaux étrangers indispensables à la modernisation de son économie ; gérer les nombreux appétits que suscite chez les grandes puissances sa position géostratégique ; et enfin gagner en autonomie par rapport à la Russie — dont l’influence économique, militaire et culturelle reste dominante (le russe a gardé le statut de langue officielle et le pays compte une minorité slave importante de 4,5 millions de personnes, soit un quart de la population).

Cette présence chinoise croissante au Kazakhstan a d’abord été perçue par les autorités russes comme une ingérence dans son arrière-cour. Mais depuis plusieurs années, Moscou semble privilégier la coopération à l’affrontement : le développement du Kazakhstan sert ses intérêts géopolitiques et la Russie compte bien surfer sur la croissance économique de son ancien satellite.

Astana doit désormais trouver un équilibre entre l’influence économique chinoise et l’influence politique et culturelle russe.

C’est en persévérant dans cette voix d’ouverture et de recherche d’une stabilité entre les velléités de ses deux géants de voisins que le Kazakhstan pourra bénéficier au mieux de l’opportunité qui s’offre à lui. L’opportunité de reprendre une place centrale dans l’économie mondiale, qu’il a perdue lors des Grandes découvertes et de l’essor des voies maritimes, coïncidant avec l’ouverture d’une « parenthèse occidentale »… en passe de se refermer ?

About La Rédaction

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.