Loi Pacte : vers la fin des délocalisations ?

By on 16/10/2018
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La loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) a été adoptée en première lecture ce mardi 9 octobre. Parmi les amendements déposés, celui d’un député de la majorité proposant d’obliger les entreprises à dévoiler où sont localisés leurs services clients. L’objectif ? Limiter les délocalisations et la destruction d’emplois. Certaines entreprises comme SFAM ou EDF ont déjà pris les devants en faisant le pari de maintenir des téléconseillers dans l’Hexagone.

 

Dans le cadre de la loi Pacte, Ludovic Mendes député de La République En Marche de Moselle, a déposé l’amendement dit “délocalisation”. Celui-ci oblige les entreprises à informer leurs clients de la localisation des téléconseillers (via un message préenregistré) tout en promettant de ne pas délocaliser plus de 80% de leurs centres d’appel. Cette mesure de transparence vise à assurer une meilleure prise en charge des consommateurs et à sauvegarder l’emploi sur le sol français.

Car depuis une quinzaine d’années, de nombreuses entreprises françaises délocalisent leurs services clients. A la clé, elle génèrent la destruction de plusieurs milliers d’emplois. Mais en dépit de chiffres alarmants, des entreprises comme Le Slip Français, EDF ou encore SFAM jouent le jeu du « made in France ». Et ça leur réussit.

 

SFAM, EDF et Le Slip Français font le pari du « made in France »

De nombreuses entreprises ayant délocalisé leurs services n’ont pas trouvé l’eldorado qu’elles espéraient. Les deux tiers d’entre elles reconnaissent ainsi y avoir perdu en qualité. Un constat partagé par les consommateurs français, comme le prouve une enquête Ipsos de 2014 révélant que 93 % des sondés jugeaient qu’il était important d’être en relation avec des plateformes situées en France. Il s’agissait pour eux d’un critère de qualité fondamental. Sur 100 personnes interrogées, 65 estiment que les centres d’appel à l’étranger étaient moins efficaces ou difficiles à joindre.

Ainsi, chez des entreprises comme EDF, le service made in France est devenu un argument de vente. L’entreprise affirme que ses « 5 000 téléconseillers se trouvent tous en France, ils sont formés pour répondre à vos attentes ». Même son de cloche chez SFAM, spécialiste de l’assurance pour téléphonie mobile et appareils multimédia. Elle a fait le choix de maintenir ses centres d’appels en France en misant sur le « potentiel français garant d’un savoir-faire de qualité ». Un choix payant pour cette entreprise qui a réalisé une croissance de 2 400% en cinq ans.

Par ailleurs, le made in France rassure, tant du point de vue du consommateur que du producteur. Outre les traditionnels secteurs de l’artisanat, de la gastronomie et du luxe, de nombreux domaines de l’économie sont concernés. Un réel engouement pour la production tricolore qui résiste à la tentation délocalisatrice existe : le prêt-à-porter avec le Slip français qui enregistre un chiffre d’affaires de 13 millions d’euros en 2017 ou Saint James avec 54 millions ; la technologie avec les montres connectées mondialement connues de Withings, ou Qooq et ses tablettes tactiles recommandées par Oprah Winfrey.

 

Des délocalisations toujours dans les tuyaux

Malgré ces exemples de « patriotisme économique » les chiffres de la délocalisation font froid dans le dos. Et le « made in France »a dû mal à s’imposer. Pourtant, dès 2012 Arnaud Montebourg souhaitait la relocalisation en France de 10 000 emplois. Ceux-ci, dédiés à l’assistance technique des opérateurs de télécom n’aurait coutée que 20 centimes par mois aux abonnés. Un montant dérisoire en comparaison des bénéfices pour l’emploi et l’économie française. Mais les entreprises font la sourde oreille.

Par exemple, Engie (dont un call center est dans la circonscription du député Mendes) a externalisé ses postes de téléconseillers. En à peine dix ans, 85% d’entre eux ont été délocalisés au Maroc, au Portugal ou encore à l’île Maurice. Résultat : 1 200 emplois ont déjà été supprimés en France. Et ce n’est pas finit puisque 3 000 autres pourraient prochainement s’envoler vers le Cameroun ou le Sénégal.

A 8 et 12 euros l’heure de travail à Madagascar et au Maroc respectivement, contre 25 euros charges comprises, en France, la délocalisation a encore de beaux jours devant elle…

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