Jean-Charles de Lasteyrie : « pour une vision holistique » de l’entreprise

By on 01/02/2019

Alors que la défiance à l’égard du monde de la finance s’étend parfois au monde de l’entreprise, certaines grandes sociétés françaises explorent de nouvelles approches de la communication financière. Face à la figure imposée de la communication des résultats trimestriels (accusés d’encourager le court-termisme), de plus en plus de grands groupes adhèrent à la logique du « reporting intégré ». Associé fondateur du cabinet Ricol et Lasteyrie,  Jean-Charles de Lasteyrie est membre du conseil de surveillance de l’IIRC (International Integrated Reporting Council), l’organisme qui a créée et qui est en charge de la diffusion de cette « bonne pratique ».

Au début des années 2000, ils étaient peu à y croire. Mis en place par l’International Integrated Reporting Council (IIRC), le « reporting intégré » n’avait séduit aucune entreprise française en 2013. Deux ans plus tard, en 2015, seules cinq d’entre elles avaient tenté l’expérience. Un début difficile pour une pratique qui promettait d’« améliorer la qualité des informations mises à disposition des apporteurs de capital financier, en vue d’une allocation des capitaux plus efficiente et productive », mais aussi de replacer l’entreprise au milieu de ses différentes parties prenantes (stakeholders).

C’est en effet ce qu’affirmait l’IIRC, un conglomérat mondial d’entreprises, d’investisseurs, d’autorités de réglementation et autres comptables représentés en France par l’analyste financier Jean-Charles de Lasteyrie, associé fondateur du cabinet Ricol-Lasteyrie. « Face à l’inflation de la taille des documents comptables et d’informations financières, et, paradoxalement, leur insuffisance pour appréhender la réalité et les perspectives de l’entreprise, l’integrated reporting veut, dans un document synthétique, inclure les données comptables, économiques, financières, stratégiques, sociales et environnementales », résumait pour sa part le quotidien économique Les Echos.

La définition et le résultat escompté semblaient clairs. Selon l’IIRC, il s’agissait de « retracer la création de la valeur à court, moyen et long terme » grâce à une communication didactique sur les résultats de la société mais aussi sur les « priorités stratégiques et orientations futures ». Mais de nombreux dirigeants restaient sceptiques et craignaient que le rapport intégré ne s’ajoute aux publications existantes. Selon une étude publiée par Capitalcom en 2016, les investisseurs internationaux considéraient que le nouveau rapport ne prenait pas assez en considération l’aspect financier, tandis que les agences de notation pointaient du doigt « l’hétérogénéité des méthodologies utilisées ».

Un levier de compréhension du business model

Or, pour Jean-Charles de Lasteyrie, ces différences d’approche constituent précisément le fondement de ce nouveau « rapport holistique », comme il aime à le décrire. « Le rapport intégré doit correspondre à l’ADN de l’entreprise. Si nous avions deux rapports intégrés identiques, il y aurait donc de quoi s’inquiéter », rétorque-t-il.

Un argument qui a visiblement convaincu. A partir de 2016, l’Hexagone commence à rattraper « progressivement son retard », selon le mot de Caroline de La Marnière, présidente-fondatrice de Capitalcom. D’après une étude du cabinet de conseil et de communication, les trois quarts des acteurs français estiment désormais que le rapport intégré est « un levier de compréhension du business model pour des cibles grand public, mais également experts (50%) ».

Aujourd’hui, près de la moitié des entreprises du CAC 40 publient un rapport intégré. Une conversion qui n’a pas surpris Jean-Charles de Lasteyrie, habitué à accompagner les grands patrons d’entreprises cotées en bourse sur des opérations stratégiques et sensibles.

Conseil financier, gouvernance et compliance

Diplômé de l’ESCP et docteur en droit fiscal, Jean-Charles de Lasteyrie a débuté sa carrière aux côtés de René Ricol. Grâce à son positionnement sur des dossiers techniques d’évaluation, le cabinet est « sur le devant de la scène » à partir des années 1990. Une série d’opérations publiques de retrait de la cote permet aux associés de devenir « très reconnus dans le cercle restreint des dirigeants des grands groupes », se souvient Jean-Charles  de Lasteyrie dans un entretien récent. Il rappelle son envie d’« apporter aux dirigeants des grands groupes une expertise pointue sur des sujets essentiels pour eux », en matière de conseil financier stratégique mais aussi de gouvernance et de compliance.

Membre du Conseil supérieur de l’ordre des experts comptables et président du Club fiscal des experts comptables jusqu’en 2004, il est par la suite nommé vice-président de la Fédération européenne des experts comptables (2009-2014), où il préside le groupe de travail « Integrated Reporting Task Force ». Avec le succès qu’on connaît désormais.

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