Investir en France : le parcours du combattant ?

By on 14/03/2019
Europacity Safran investissement

Les récentes déconvenues de Safran et d’Europacity révèlent en plein jour les difficultés rencontrées par certaines entreprises pour investir en France. Pourtant, pas plus tard qu’à l’été 2018, certains analystes américains proclamaient la France « meilleur pays au monde » pour investir. Qui croire ?

Il est venu éteindre l’incendie : ce mardi 12 mars, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a rencontré Bruno Petitcolin, directeur général de Safran. Le patron du groupe aéronautique n’avait en effet pas mâché ses mots quelques jours plus tôt, en marge de la présentation des bons résultats financiers du groupe. Le capitaine d’industrie s’était plaint du fait qu’il n’est « pas facile d’ouvrir une usine en France ». « Il faut en avoir envie ! Et s’armer de patience ! » avait-il lâché, rebuté par la complexité administrative à tous les échelons. « La solution de facilité, c’est d’aller s’installer hors de France (…) Rien n’est fait pour aider l’industriel à investir en France. Et je ne peux pas vous confirmer qu’on y arrivera », avait-il encore confié.

Safran souhaite créer deux nouveaux sites en France. Deux usines qui ont failli ne jamais voir le jour sans l’intervention du gouvernement, qui s’est engagé à aider l’entreprise dans ses démarches. À l’issue de son entretien avec Bruno Petitcolin, Bruno Le Maire a confirmé que Safran allait finalement bien ouvrir ses deux sites de production : l’un à Bordeaux, le second à Villeurbanne.

Il a fallu une déclaration fracassante du directeur général de Safran, de multiples reprises dans la presse, quelques jours de polémiques et les assurances du gouvernement pour que le brouillard autour des projets d’investissements du groupe industriel s’éclaircisse.

Une situation qui rappelle le cas du mégaprojet de centre de loisirs Europacity. Ce mardi 12 mars, le Plan local d’Urbanisme de la ville de Gonesse a été retoqué par la justice. Le tribunal a retenu trois motifs d’annulation : une évaluation environnementale insuffisante, une incompatibilité avec les plans d’exposition au bruit des aéroports à proximité et « l’erreur manifeste d’appréciation » du conseil municipal de Gonesse d’avoir classé en zone à urbaniser 248 hectares de terres agricoles « particulièrement fertiles ».

Une décision de justice qui retarde encore les débuts du chantier, pour au moins une dizaine de mois. Le promoteur d’Europacity, Alliages et territoire, assure de son côté qu’il s’attendait à rencontrer de nombreux obstacles sur son parcours : « Ce temps long a été pris en compte (…) et nous sommes confiants dans notre capacité à mener à bien ce projet qui bénéficie du soutien de l’État ». Le projet, financé à hauteur de 3 milliards d’euros par le privé, est en effet soutenu par les autorités : le projet a été qualifié « d’utilité publique » en décembre dernier par la préfecture du Val d’Oise. Une décision qui n’a pas suffi à provoquer un feu vert de la justice, pour l’instant.

Un obstacle qui rappelle ceux rencontrés pour les usines de Safran. Au micro d’Europe 1, l’éditorialiste Axel de Tarlé expliquait ainsi ce mercredi 13 mars « On doit quand même s’interroger sur cette tendance systématique que nous avons à rejeter tous nouveaux projets d’infrastructures comme Europa City, l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, le tunnel Lyon-Turin, des éoliennes ou une tour d’habitation, qui sont l’objet de recours systématique (…) avec cette attitude très conservatrice, on n’aurait jamais construit toutes les infrastructures du pays comme le TGV, les autoroutes, les rails ou les ponts ».

France : « The best country in the world »

La France, un pays « de Gaulois réfractaires » allergiques à la nouveauté et aux grands projets ? Pourtant, en août dernier, le courtier américain INTL FCStone Financial publiait une note dithyrambique sur la France d’Emmanuel Macron. Une prise de position qui tranchait avec le « French bashing » habituel de la presse anglo-saxonne et qui s’inscrivait dans un contexte « gagnant » pour la France, après une victoire en coupe du monde de football et surtout, son élection comme « pays de l’année 2017 » par le prestigieux magazine The Economist.

La note publiée cet été détaillait toutes les bonnes raisons d’investir en France pour les entreprises américaines et mondiales : l’annonce des réformes du Président Macron, une forte démographie, une économie de service moins sensible aux guerres commerciales (à la différence de l’exportatrice industrie allemande), un pays uni sans velléités sécessionnistes (à la différence de la Belgique ou de l’Espagne) et enfin, un pays stable politiquement (à la différence de la Grande-Bretagne en plein Brexit).

Une analyse et un pronostic qui font sourire six moins plus tard, après la crise politique et sociale des gilets jaunes. Un point de vue d’autant plus critiquable qu’il oublie que la plupart des fleurons français comme L’Oréal, Michelin ou LVMH, réalisent précisément la majeure partie de leur chiffre d’affaires… à l’étranger.

Les analystes américains ont probablement été un peu trop optimistes : investir en France pour les multinationales demeure bel et bien un parcours du combattant.

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