Impôts – LVMH, BNP, Crédit Agricole : quelle empreinte fiscale

By on 01/04/2019

Un récent classement dévoilé par le magazine L’Obs révèle « l’empreinte fiscale » des groupes du CAC 40. Les banques et les groupes de luxe, comme LVMH, sont ceux qui paient le plus d’impôts et contribuent le plus aux recettes de l’Etat. De quoi remettre en question certaines idées reçues.

Chaos sur les Champs-Elysées : une nouvelle fois, des manifestants cagoulés s’en sont pris, lors de « l’acte 18 » du mouvement des « gilets jaunes », organisé samedi dernier à Paris, aux symboles honnis du capitalisme. De nombreuses vitrines d’enseignes appartenant à des multinationales ont été dégradées, des magasins pillés, des murs de banques tagués. Autant de symboles, pour une partie des protestataires, de ces grandes entreprises qui, tout en réalisant de juteux bénéfices, s’exonèreraient grâce à leurs bataillons de fiscalistes des impôts et taxes auxquels les particuliers et petites et moyennes entreprises (PME) seraient soumis.

Impôts : LVMH paye le plus gros IS de France

Si le mythe consistant à accuser les « grosses » entreprises de ne payer en France que 8% d’impôts, contre 30% pour les PME, a la vie dure, un classement des plus gros contribuables réalisé en février par L’Obs vient tordre le cou aux idées reçues.

L’hebdomadaire a, en effet, demandé aux entreprises de l’indice CAC 40 de lui communiquer leur « empreinte fiscale » globale, c’est-à-dire l’ensemble des prélèvements obligatoires dont elles s’acquittent en France. Trente-trois groupes ont accepté de jouer le jeu. Le résultat est sans appel : « à eux seuls, (ces groupes) acquittent 11% des prélèvements supportés par les entreprises en France ».

Sans surprise, ce sont les banques qui paient le plus d’impôts et de cotisations sociales, le Crédit Agricole étant en haut du podium, avec 5,8 milliards d’euros d’empreinte fiscale en 2017. La banque est suivie par BNP Paribas (4,2 milliards), Vinci (3,8 milliards), Société Générale (3,2 milliards), Engie (3 milliards) et LVMH (2,3 milliards). Le numéro 1 mondial du luxe et première capitalisation boursière hexagonale est aussi celui qui, en France, signe le plus gros chèque au fisc au titre de l’impôt sur les sociétés : 1,4 milliard d’euros. Un montant qui reflète l’excellente forme de LVLH, le groupe dirigé par Bernard Arnault ayant réalisé en 2018 un bénéfice record, de 6,3 milliards d’euros.

La volonté de transparence affichée par LVMH a, selon L’Obs, été déterminante dans le fait que de nombreux groupes français acceptent finalement de communiquer leur empreinte fiscale. Déjà en 2017, le groupe avait déclaré avoir payé quelque 2,4 milliards d’euros de prélèvements obligatoires, démontrant que la réussite de ses entreprises profitait à plein au pays. Et encore ce montant est-il « sans compter ce que je paie à titre personnel », confie Bernard Arnault au magazine. Autre bon point pour le géant du luxe : il règle plus de la moitié (54%) de ses impôts en France, alors qu’il n’y réalise que 10% de ses ventes totales.

Si Hermès montre aussi l’exemple, avec 500 millions d’euros d’empreinte fiscale, c’est en revanche loin d’être le cas de l’autre mastodonte français du luxe, Kering. Le groupe dirigé par la famille Pinault arrive en effet en queue de classement, avec seulement 97 millions d’euros de prélèvements obligatoires – soit un petit 2,8% de ses impôts réglés en France. Sans compter le fait que Kering reste sous la menace d’un gigantesque redressement fiscal en Italie (estimé à 1,4 milliard d’euros), pays où sa filiale Gucci est accusée d’avoir, avec la complicité de François-Henri Pinault, sensiblement réduit sa contribution au fisc grâce à de complexes montages financiers.

Les grands groupes, indispensables à la France

La réussite des grandes entreprises multinationales et de leurs patrons fait, en France, souvent l’objet de frustrations et jalousies. Un ressentiment très franco-français, qui s’appuie sur des comparaisons hasardeuses entre le salaire des collaborateurs de ces groupes et les revenus de leurs dirigeants – les célébrités issues du monde du show-business ou du sport échappant, par leur popularité, à cette opprobre presque uniquement dirigée contre les investisseurs et capitaines d’industrie, également accusés de ne privilégier que leurs actionnaires et de s’adonner à des pratiques d’optimisation et d’évasion fiscale.

Une étude réalisée par l’institut économique Molinari sur le partage de la valeur ajoutée au sein des entreprises du CAC 40 vient pourtant apporter un sérieux démenti à ces accusations. En 2016, les salariés furent en effet les premiers bénéficiaires de ce partage, en captant 240 milliards d’euros sur les 338 milliards de richesses créées par ces groupes. Ils étaient suivis par les États (66 milliards) et, contrairement aux idées reçues, par les actionnaires, avec 32 milliards d’euros net d’impôts. Ainsi, selon l’expert René Ricol, « l’équation est claire : plus on a de grands groupes, mieux on se porte. Les politiques ne peuvent pas sauver le pays sans eux. Il est temps de faire un grand deal avec eux, de collaborer, pour inciter ces grands groupes à ramener de la croissance ».

 

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