Abidjan, nouveau hub portuaire de l’Afrique de l’Ouest ?

By on 02/05/2019

Avec la construction d’un nouveau terminal pouvant accueillir les plus gros porte-conteneurs du monde, le port d’Abidjan ambitionne de devenir une plaque tournante du commerce maritime africain. Une ambition concordant avec l’économie dynamique de la Côte d’Ivoire, mais qui devra surmonter certains obstacles.

La Côte d’Ivoire affiche ses ambitions

Long de 1200 mètres et bénéficiant d’un tirant d’eau de 16 mètres, le second terminal du port d’Abidjan pourra, à partir de fin 2020 au plus tôt, accueillir les plus grands navires marchands du monde, dont des porte-conteneurs transportant 10 000 unités, contre 3 500 auparavant. En effet, le premier terminal à conteneurs — exploité depuis 2004 par le groupe français Bolloré — ne peut recevoir que des navires de 11,5 mètres de tirant d’eau maximum. Une limite devenue un frein au développement d’un port assurant 90 % des échanges extérieurs de la Côte d’Ivoire, véritable locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest avec près de 8 % de croissance l’an dernier.

Piloté et financé à hauteur de 1,7 milliards d’euros par la Chine (le troisième partenaire commercial de la Côte d’Ivoire, avec qui les échanges ont progressé de 800 % entre 2014 et 2016) ce projet lancé en 2012 s’inscrit dans la continuité de la politique d’investissements dans les infrastructures menée par le président Alassane Ouattara dès son arrivée aux pouvoir en 2010 — au même titre par exemple que la construction d’un quatrième pont routier à Abidjan démarrée l’an dernier.

Avec ces grands travaux, le port de la capitale économique de la Côte d’Ivoire entend assurer sa position de leader en Afrique de l’Ouest, mais aussi rivaliser avec Tanger au Maroc et Durban en Afrique du Sud, et ce en mettant à profit sa position géographique médiane entre ces deux concurrents. Une ambition renforcée par l’élargissement du canal de Vridi qui relie le port (situé dans une lagune) à l’océan Atlantique permettant ainsi le passage de navires sans limitation de longueur.

La gestion des nouvelles infrastructures prendra la forme d’un partenariat public-privé sous forme de concession : la gestion devrait être assurée par un consortium formé par les Français Bolloré Africa Logistics et Bouygues Travaux publics et par APM Terminals, filiale du danois Maersk.

Un fort potentiel de développement pénalisé par un manque d’infrastructures terrestres

L’optimisme affiché par les autorités ivoiriennes avec la modernisation du port d’Abidjan est partagé par PricewaterhouseCoopers:  dans une étude publiée le 12 mars 2018, le célèbre cabinet de consulting anticipe — en se basant sur un indice prenant en compte le degré de connectivité aux lignes maritimes, le montant des échanges passant par le port et la taille de la zone desservie par le port (l’hinterland) — qu’Abidjan fera partie, avec Durban et Mombassa, des trois ports africains qui émergeront en tant que hubs majeurs dans les années à venir.

Néanmoins, Abidjan devra faire face à la concurrence de Lagos au Nigeria et de Tema au Ghana, ayant tous deux une meilleure performance opérationnelle et le second bénéficiant également d’un grand chantier de mise à niveau. Pour se démarquer, d’autres éléments devront donc être mis en avant tels que la stabilité politique ou les connexions terrestres, qui sont un problème chronique pénalisant les ports du continent. En effet, les terminaux à conteneurs modernes se multiplient depuis 10 ans en Afrique, mais ce développement se heurte au manque d’infrastructures sur terre, qui ralentit l’acheminement des marchandises.

Un développement portuaire du continent qui arrive à point nommé, tant le manque d’investissements manquait cruellement à l’Afrique : moins de ports modernes, c’est moins de marchandises transportées, renchérissant le coût du transport du container, jusqu’à à trois fois plus cher pour une distance équivalente par rapport à l’Europe ou l’Asie.

Avec la modernisation et l’agrandissement du port d’Abidjan, la Côte d’Ivoire est donc en train de réaliser un projet ambitieux, mais rationnel, en cohérence avec son ambition de devenir une puissance économique majeure d’ici 2020.

 

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