L’industrie du tabac : plus retorse que Bayer/Monsanto ?

By on 21/05/2019

Deux associations, l’UNIFAB (Union des Fabricants, présidée par Christian Peugeot) et l’ALCCI (Association de Lutte contre le Commerce Illicite, présidée par Alain Juillet) viennent de publier le Livre Blanc «pour combattre le commerce illicite en ligne des produits réglementés». Il a été présenté lundi 14 mai 2019 lors d’une conférence de presse, en présence de Christophe Blanchet, Député LREM du Calvados, et de Rodolphe Gintz, Directeur Général de la Douane Française.

Ce Livre blanc met en évidence la nécessité de mettre en place des mesures proactives et concertées pour lutter contre le commerce illicite sur Internet d’un certain nombre de produits comme les vins et spiritueux, les médicaments ou le tabac. Si les vins, les spiritueux et les médicaments font régulièrement l’objet de contrefaçons, ce n’est pas le cas du tabac, secteur dans lequel il n’y a quasiment aucune contrefaçon. Seita-Imperial Tobacco la chiffre à 0,2%.

Cette information de taille, qui n’apparait pas dans le Livre blanc de l’UNIFAB et de l’ALCCI, change en profondeur les analyses sur le commerce illicite. Pourtant, l’UNIFAB et l’ALCCI ne peuvent ignorer cette information. Ses dirigeants, Delphine Sarfati-Sobreira et Dominique Lapprand, étaient présents au Sénat le 23 novembre 2018 au débat organisé par le Sénateur Xavier Iacovelli sur «l’origine du commerce parallèle de tabac et les solutions pour y mettre fin», au cours duquel Seita-Imperial Tobacco confirme cette donnée sur la contrefaçon. Daniel Bruquel de Philip Morris International a reconnu que le commerce parallèle est pour l’essentiel composé de cigarettes sortant des usines des quatre majors du tabac. Le débat du Sénat du 23 novembre 2018 avait conclu que 98% du tabac qui compose le commerce parallèle sort directement ou indirectement des usines des cigarettiers.

On aurait pu penser que cette information, qui change fondamentalement les termes du débat sur la lutte contre le commerce parallèle, figure dans le Livre blanc de l’UNIFAB et de l’ALCCI. La raison de cet oubli ? Peut-être le fait qu’UNIFAB et ALCCI sont financées par l’industrie du tabac. Est-ce à dire qu’elle utilise ces deux associations comme des cautions pour diffuser les messages ? Une analyse de cette stratégie a déjà été conduite, qui concernait UNIFAB, ALCCI, l’ADIT, la Fondation Robert Schumann, KPMG, le CNAC ou Transcrime. Et que dire des relais habituels de l’industrie, comme Havas, August et Debouzy, ou le Cabinet Rivington qui représenta Philip Morris lors du débat organisé par le député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert le 4 avril 2019 à l’Assemblée Nationale ?

On dirait bien qu’en matière de lobbying, l’industrie du tabac n’a de leçon à recevoir de personne. Si Bayer/Monsanto s’est fait récemment épingler pour le fichage d’élus et de journalistes, l’industrie du tabac avait été précurseur de cette technique de lobbying, qui avait valu à l’époque à Philip Morris International de faire la Une du Parisien en septembre 2013. Depuis, le lobbying de l’industrie du tabac a évolué, et semble passer par le financement d’associations et d’organismes, qui relaient les messages de l’industrie du tabac, sans jamais révéler qu’ils sont financés par elle.

Est-ce que le Directeur Général de la Douane Rodolphe Gintz et le député Christophe Blanchet, qui assistaient à la conférence de presse de l’UNIFAB et de l’ALCCI consacrée au tabac, savaient que ces associations sont financées par l’industrie du tabac ? Quid du bon fonctionnement de notre vie démocratique et de nos institutions?

Dans une tribune du Parisien le 21 avril dernier, la députée européenne Michèle Rivasi exige de Bruxelles « la transparence totale pour les cigarettiers».

 

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