Tourisme : Paris doit-elle attirer encore plus de visiteurs ?

By on 25/06/2019
Tourisme Paris Europacity

D’un point de vue touristique, la ville de Paris est-elle sous-exploitée ou surexploitée ? Si les acteurs économiques du secteur arguent que la capitale française a encore un formidable potentiel de développement, pour de nombreuses associations, la ville est déjà saturée. Le débat fait rage, mais une solution permettrait de satisfaire toutes les parties : étaler le flux de visiteurs sur l’ensemble de la région, comme à Europacity ou Vaux-le-Vicomte.

Ce 24 juin, la mairie de Paris organisait un colloque sur le thème « Y’a-t-il trop de touristes à Paris ? » Organisés au pavillon de l’Arsenal dans le 4e arrondissement, les débats portaient sur ce qui s’apprête à être l’un des sujets majeurs des prochains scrutins municipaux.

En effet, le sujet est épineux. Pour les professionnels du secteur, la capitale est riche d’un patrimoine exceptionnel qui pourrait être encore mieux exploité. Mais pour bon nombre de responsables politiques ou associatifs, « trop de tourisme tue le tourisme » et les acteurs du secteur pourraient bien tuer la poule aux œufs d’or s’ils continuent sur cette lancée.

Tourisme à Paris : stop ou encore ?

Pour la région parisienne, le tourisme représente une manne financière gigantesque : en 2018, le secteur a rapporté 21,5 milliards d’euros de recettes. Un chiffre en hausse de près de 1 milliard d’euros par rapport à 2017 et de plus de 2 milliards par rapport à 2016.

Il faut dire que l’Ile-de-France, c’est 50 millions de visiteurs par an désormais, soit près de 140 000 personnes par jour, environ 7 % de la population totale de la capitale.

Mais pour bon nombre d’experts et de professionnels, c’est encore insuffisant. Paris pourrait attirer plus de visiteurs, et profiter de l’explosion mondiale du secteur : 1,4 milliard de touristes internationaux ont voyagé en 2018, et selon les estimations ils pourraient être 1,8 milliard en 2030. Une manne pour un secteur devenu le troisième le plus important en termes de PIB mondial, derrière la chimie et les carburants, mais devant l’industrie automobile.

La capitale peut-elle se payer le luxe de se limiter dans un secteur en pleine croissance et dans lequel elle dispose d’atouts considérables ? Non seulement Paris peut accueillir plus de visiteurs, mais elle peut aussi mieux rentabiliser leurs venues. Selon un rapport du think-thank libéral la Fondation Concorde, le tourisme rapporte 20 % de moins en France qu’en Espagne à l’économie nationale, avec pourtant 25 % de touristes en plus. Paris ne fait pas exception, et les visiteurs étrangers ne dépenseraient « pas assez » lors de leur séjour dans la ville Lumière.

Paris peut donc attirer plus de visiteurs en profitant de l’augmentation mondiale des flux touristiques, et peut également espérer que ceux-ci dépensent plus une fois sur place. Mais cette possibilité est-elle souhaitable ?

Europacity ou Vaulx-le-Vicomte : répartir le tourisme dans la région

Transports surchargés, quartiers transformés en musées, nuisances sonores, disparition des commerces de proximité au profit des bars et des boutiques de souvenirs… L’augmentation du nombre de touristes dans la capitale en 20 ans a eu un impact sur la qualité de vie des Parisiens. Des conséquences qui ont aussi eu un rôle sur la hausse du prix de l’immobilier, la prolifération d’hôtels et d’hébergements touristiques alimentant la pénurie de logements déjà criante dans Paris.

Des millions de touristes qui abîment aussi précisément ce qu’ils viennent voir : certains lieux ne sont pas adaptés à recevoir un trop grand nombre de visiteurs, et le passage de milliers d’entre eux chaque année dégrade progressivement le patrimoine et les conditions de la visite, comme la lagune de Venise ou le Musée du Louvre.

Plusieurs villes européennes comme Dubrovnik, Amsterdam ou Barcelone se mobilisent déjà contre ces maux et la ville de Paris, en légiférant contre AirBnb, tente elle aussi de limiter les externalités négatives du tourisme de masse.

Pour autant, la ville de Paris souffre-t-elle de « surtourisme », comme Venise, qui pense déjà à limiter son nombre de visiteurs annuels ? Pour la présidente de la région Valérie Pécresse, si les Parisiens sont indéniablement victimes de certaines conséquences négatives sur leur mode de vie, on ne peut pas encore parler de « surtourisme », au contraire.

Pour la présidente de la région Île-de-France, si la capitale est engorgée, le bassin parisien a un potentiel largement sous-utilisé. De quoi mieux répartir le flux de touristes tout en attirant davantage de visiteurs.

C’est d’ailleurs l’ambition d’Europacity qui doit sortir de terre en 2027 dans le Val d’Oise. Le gigantesque quartier de loisirs, qui doit mêler un parc hôtelier, des boutiques, un jardin, des attractions et un musée attend près de 30 millions de visiteurs par an. Un projet soutenu par les pouvoirs publics malgré la fronde des écologistes, l’État, la région et les municipalités espérant avec Europacity créer un nouveau pôle touristique européen. Une manière aussi de constituer une alternative à la ville de Paris, au patrimoine historique important, mais qui peine à proposer une offre pour des visiteurs en quête de divertissements.

La région espère répartir le flux touristique parisien sur l’ensemble de l’Ile-de-France. De nombreux joyeux architecturaux ou artistiques sont encore en dehors des circuits touristiques internationaux, alors qu’ils bénéficient d’un potentiel indéniable. Valérie Pécresse cite ainsi la maison Van Gogh dans le val d’Oise ou Vaux-le-Vicomte en Seine-et-Marne, qui sont autant de nouvelles étapes touristiques potentielles, qui pourraient ravir les visiteurs américains ou asiatiques.

Le rôle du tourisme dans l’économie est tel que Paris ne saurait faire l’impasse sur la croissance du tourisme international. Mais si la capitale doit attirer plus, elle doit aussi attirer mieux, en dégorgeant la ville et en sachant diriger les visiteurs vers de nouveaux pôles touristiques situés autour de Paris.

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