En Afrique de l’Ouest, le diagnostic médical des enfants progresse

By on 18/07/2019
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L’Afrique subsaharienne détient le record de la plus grande surmortalité enfantine du globe. De nombreuses initiatives voient le jour pour améliorer le diagnostic des enfants malades et faciliter l’accès aux soins des plus jeunes.

En 2017, un million d’enfants et adolescents de 5 à 15 ans sont morts dans le monde, d’après une étude publiée en octobre par l’Institut national d’études démographiques (INED). Dans 55 % des cas, ces jeunes vivaient en Afrique subsaharienne. Une région dans laquelle un enfant de 5 ans a 18 fois plus de risques de mourir avant ses 15 ans que s’il vivait en Europe.

Des décès qui pourraient être évités

« Aujourd’hui en France, mais aussi plus largement en Europe de l’Ouest, le taux de mortalité des 5-15 ans est tombé à 1 pour 1 000 », explique Bruno Masquelier, auteur de l’étude. Mais en Afrique subsaharienne, le risque qu’un enfant de 5 ans décède avant ses 15 ans est de 18 pour 1 000. « Les diarrhées, les infections respiratoires, la rougeole et la méningite sont responsables de 28 % des décès. Le paludisme et les autres maladies tropicales de 11 %. La tuberculose et le sida de 9 % », détaille l’expert. Soit des décès qui pourraient être évités, en luttant contre les vers parasites intestinaux, en généralisant l’usage de moustiquaires imprégnées d’insecticide ou encore en renforçant les programmes de vaccination et de nutrition. Des mesures que les gouvernements et la société civile africaine mettent progressivement en pratique.

Depuis 2015 au Burkina Faso, les centres de santé s’équipent de tablettes pour améliorer le diagnostic médical des enfants. Près de 40% des centres en sont aujourd’hui pourvus, dans ce pays où près d’un enfant sur dix décède avant l’âge de 5 ans. Imaginée par le docteur Pierre Yameogo, la technologie Integrated e-Diagnostic Approach (IeDA) aide les agents des structures de soins de santé primaires à améliorer les diagnostics et la prise en charge médicale des enfants. Disponible sous la forme d’un pack d’applications, IeDA inclut également « des modules de coaching et de supervision qui améliorent la formation du personnel médical », explique Thierry Agagliate, cofondateur du projet.

Au moins 2,2 millions d’enfants ont bénéficié d’une consultation avec l’aide de IeDA depuis 2014. « Grâce à IeDA, nous avons drastiquement réduit le nombre de diagnostics erronés. Les enfants bénéficient ainsi d’un meilleur traitement », a déclaré le secrétaire général du ministère de la Santé du Burkina Faso, le Dr Robert Kargougou.

6e édition de la Caravane ophtalmologique de la Fondation Children of Africa

En Côte d’Ivoire, l’accès au soin des plus jeunes est aussi au centre des préoccupations. Chaque année, la Fondation Children of Africa, présidée par la Première Dame Dominique Nouvian Ouattara, met en place une caravane ophtalmologique qui traverse le pays et soigne des milliers d’enfants de 0 à 15 ans. Cette année, la caravane a sillonné la région du Tonkpi, dans l’ouest du pays, du 19 au 30 juin dernier. Près de 15 000 enfants ont été reçus en consultation et ont pu bénéficier de soins ou de lunettes gratuitement, conformément à la volonté de Dominique Nouvian Ouattara.

Un acte social de grande portée qui a été salué par Albert Mabri Toikeusse. « Combien d’enfants dans notre région et dans toute la Côte d’Ivoire ne parviennent pas à terminer leurs études en raison d’un déficit au niveau de la vue ? », s’est exclamé le président du Conseil régional du Tonkpi, en remerciant la fondatrice de la Fondation pour son engagement au service des enfants. Du haut de ses 10 ans, la petite Yasmine Coulibaly, en classe de CM2, a elle aussi remercié celle que l’on surnomme communément “Maman Dominique”, au nom de tous les enfants du Tonkpi : “Grâce à vous, nos amis élèves qui ont des problèmes de vue pourront mieux voir désormais”.

« On estime à plus de 15 %, soit 1 225 531 enfants de 6 à 17 ans, le nombre d’enfants qui présentent diverses formes d’amétropie, ce qui impacte leur scolarité. C’est une situation néfaste si nous continuons de considérer les enfants comme l’avenir de notre pays, que nous voulons voir émerger à l’horizon 2020 », a ajouté Eugène Aka Aouelé, ministre de la Santé et de l’Hygiène publique.

Détecter le paludisme chez les porteurs asymptomatiques 

Au Cameroun, l’Institut de recherche pour le développement (IRD), le Johns Hopkins Malaria Research Institute et l’Université de Douala ont de leur côté mis au point un test salivaire permettant de détecter le virus du paludisme chez les patients ne présentant aucun symptôme. Une vingtaine de protéines liées à la maladie peuvent ainsi être décelées en seulement quelques minutes, « à partir d’une gouttelette de salive de seulement 10 microlitres », explique Isabelle Morlais, directrice de recherche à l’IRD. Une avancée prometteuse, car les personnes infectées constituent un réservoir de parasites pouvant contaminer d’autres personnes. En 2017, 403 000 décès sont survenus en Afrique à cause du paludisme, souligne Isabelle Morlais. Et plus de 70 % des décès concernent des enfants de moins de cinq ans.

Le test développé par l’IRD et ses partenaires pourrait améliorer significativement le diagnostic précoce de la maladie, en particulier chez les enfants. Contrairement aux tests existants, qui se réalisent par prélèvement sanguin, les tests salivaires sont moins traumatisants. Autre avantage : les agents de santé n’ont pas besoin de formation pour les effectuer. Un déploiement du test devrait avoir lieu dans les trois prochaines années.

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