Bernard Arnault tend la main à Arnaud Lagardère

By on 29/05/2020

Endetté à hauteur de 200 millions d’euros en 2019, Arnaud Lagardère, le PDG du groupe du même nom (Hachette, Europe 1, Relay), va pouvoir souffler grâce aux 100 millions d’euros injectés dans sa holding. Bernard Arnault, président du géant du luxe LVMH, annonçait lundi 25 mai qu’il rachetait, par le biais de Groupe Arnault, 25 % de Lagardère Capital & Management (LCM).

La crise du Covid-19 aura eu raison de la capacité financière d’Arnaud Lagardère à rembourser ses dettes. Comme de nombreuses entreprises, le groupe Lagardère doit faire face à de grandes difficultés: du côté de l’édition avec la fermeture des librairies pendant le confinement, et avec la chute de la fréquentation des boutiques d’aéroports et de gares. L’aide de Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH, arrive donc à point nommé pour Arnaud Lagardère, qui va pouvoir réduire sa dette de moitié.

Le groupe Lagardère est constitué en commandite par actions (SCA), « ce qui permet à Arnaud Lagardère, via sa holding personnelle, de le contrôler avec une faible part du capital » comme le précise le Figaro. Cette dernière, Lagardère Capital & Management, « détient sa participation de 7,26% dans son groupe d’édition, de distribution et de médias ». « Ce rapprochement va permettre de renforcer la structure et les capacités financières de LCM, écrivent LCM et Groupe Arnault. Les groupes familiaux de MM. Bernard Arnault et Arnaud Lagardère agiront de concert vis-à-vis de Lagardère SCA ». 

L’aide de Bernard Arnault, un geste d’amitié lié à une promesse

Si le patron de LVMH prend aujourd’hui un quart du capital de la société personnelle d’Arnaud Lagardère, c’est parce qu’amitié et fidélité lient les deux familles industrielles : Bernard Arnault a siégé, de 2004 à 2012, au conseil de surveillance de Lagardère, remplacé ensuite par son fils Antoine Arnault. A l’inverse, Arnaud Lagardère a siégé  au conseil d’administration de LVMH entre 2003 et 2009. «Bernard Arnault avait promis à Jean-Luc Lagardère, quelques jours avant sa mort, de veiller sur son fils», explique-t-on en coulisse.

A la mort de son père, Arnaud Lagardère doit gérer un lourd héritage. Jean-Luc Lagardère était considéré comme l’un des plus grands bâtisseurs de groupe industriel en France, de l’aéronautique aux médias, en passant par l’édition. C’était « un entrepreneur infatigable » qui, pour le président Jacques Chirac, laisse à sa mort « le souvenir d’un grand capitaine d’industrie français tourné vers l’Europe et ouvert sur le monde ». En 2003, il meurt brutalement, léguant, sans préambule, à son fils « un groupe au sommet de sa puissance et miné par les querelles internes », comme le raconte l’Obs. « Quand on lui demande s’il a choisi de son plein gré de diriger l’entreprise familiale, Arnaud Lagardère noie le poisson ».

Une entraide pour servir les intérêts de la France

Arnaud Lagardère, à l’époque président de Lagardère Media, se retrouve propulsé aux commandes du groupe. Avec le temps, il se désinvestira des médias et du sport et se concentrera sur l’édition (Armand, Colin, Dunod, Stock, Fayard, Grasset, Larousse, Calmann-Lévy, Le Livre de poche), et les boutiques de gares et d’aéroports (points de vente Relay). Mais en août 2019, le Financial Times révélait que LCM accumulait une «dette de plus de 200 millions d’euros, soit plus que la valeur des actions Lagardère». Lagardère s’était notamment retrouvé sous la pression d’Amber Capital, fonds activiste et premier actionnaire du groupe (il détient 5% du capital), et qui a intenté une action en justice contre lui.

« L’accord signé avec Bernard Arnault est extrêmement précis. Il faut l’analyser comme un soutien au groupe dans un moment difficile », dit-on dans l’entourage d’Arnaud Lagardère. « Il n’y a ni plan B ni coup caché », assurent les porte-parole de LVMH. L’entrée du patron de LVMH dans Lagardère Capital & Management permettrait également de contrecarrer les intentions de Vincent Bolloré, en concurrence directe avec le groupe via Vivendi. « Les méthodes de Vincent Bolloré sont (…) connues : entrer progressivement au capital des sociétés pour finalement mettre la main dessus ». De quoi redonner de l’air et de la liberté à Arnaud Lagardère.

 

 

 

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