Les tickets de caisse ne sont pas encore enterrés

By on 17/08/2020
tickets de caisse

Opération de greenwashing assumée, la disparition progressive des tickets de caisse imprimés pourrait engendrer plus de problèmes qu’elle n’en résoudra. 

Après les contons-tiges, les tickets de caisse ? Peu de Français le savent, mais depuis le 11 février dernier, un nouvel article du code l’environnement, intégré lors du vote de la dernière loi « anti-gaspillage » promue par le gouvernement, officialise la disparition prochaine des tickets imprimés — tickets de caisse, de carte bancaire ou encore bons d’achat. Le 1er janvier 2023 au plus tard, leurs impression et distribution systématiques par les commerçants seront purement et simplement interdites. Mais, pour louable qu’elle semble être, cette décision a pourtant tout d’une basse opération de communication politique. De greenwashing bon teint. 

Une décision qui doit encore être entérinée par des ordonnances pour fixer les conditions concrètes d’application. Mais après de calamiteuses élections municipales marquées par une percée écologiste et la remise des propositions de la Convention pour le climat, la majorité présidentielle pourrait être tentée d’aller jusqu’au bout de ce projet de loi… pas si anecdotique. Le calendrier, encore en discussion, devrait être progressif : suppression des tickets pour les montants inférieurs à 10 euros à partir de septembre ; inférieurs à 20 euros à partir du 1er janvier prochain ; et inférieurs à 30 euros le 1er janvier 2022. À noter que les consommateurs pourront toujours, sur demande expresse de leur part, exiger la remise d’un ticket papier après leurs achats.

Une disparition problématique

Cette disparition en trois temps est supposée faciliter la transition, tant du point de vue des professionnels que des clients. Et, quand la « start-up nation » abolit les tickets de caisse, les start-up — les « vraies », cette fois — sentent le filon. Ainsi de l’opportunément nommée GreenTicket, une entreprise de tickets dématérialisés citée en exemple dans les colonnes de La Croix : déplorant que « très peu de consommateurs » soient au courant de la loi susmentionnée, son cofondateur, Alexandre Henry, est à l’origine du lancement d’une pétition en ligne, alertant sur les conséquences de « l’impression systématique » des tickets de caisse et demandant, sans surprise, que la réforme soit appliquée au plus vite.

Si, avec cette loi, l’intérêt des petits entrepreneurs de la Tech est bien compris, celui des consommateurs et commerçants est, en revanche, plus difficile à cerner. L’argument écologiste, tout d’abord, ne tient pas : les tickets imprimés seront immanquablement remplacés par leurs équivalents dématérialisés (emails, NFC, envoi par Bluetooth…) dont le poids cumulé contribuera à augmenter la pollution numérique. De plus, ces tickets numériques feront-ils peser un risque sur le respect de la vie privée ? UFC-Que Choisir dénonce dans La Croix « un risque pour la protection des données personnelles ». Car si la plupart des entreprises devraient respecter la RGPD et l’opt-in (n’envoyer de la publicité qu’aux consommateurs qui ont signalé leur accord), cet amas de données représentera toutefois une cible de choix pour les pirates informatiques.

Crainte que confirme d’ailleurs le patron de GreenTicket, selon qui « l’envoi du ticket par mail ne donne pas confiance » aux Français. Enfin et surtout, les tickets de caisse, pour « encombrants » qu’ils soient, continuent d’offrir aux consommateurs une forme tangible de garantie, ainsi qu’un moyen, inégalé, de vérifier leurs achats. Ils permettent aussi aux enseignes de contrôler les éventuels vols de marchandise à la sortie des points de vente. Si leur disparition ne règlera en rien les problèmes de la planète, elle ne manquera donc pas d’en créer pour ses habitants.

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