IPO de Saudi Aramco : l’Arabie saoudite en voie de diversification

By on 07/02/2018
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Mohamed Ben Salman, le prince-héritier d’Arabie saoudite veut progressivement sortir le pays du pétrole et diversifier son économie. Une stratégie de diversification qui passe par l’introduction en bourse de Saudi Aramco, un rapprochement avec les géants américains du numérique et un développement des énergies renouvelables.

Ces dernières années, que ce soit économiquement ou politiquement, l’Arabie saoudite a traversé une période délicate. Perte d’influence régionale, l’enlisement de la guerre au Yémen, la soudaine volatilité de son allié américain, l’effondrement, en 2016, des prix du pétrole (–60% en moins de deux ans)… Les mauvaises nouvelles se sont accumulées. C’est pourquoi l’hyperactif prince-héritier Mohamed Ben Salman (MBS) a multiplié les initiatives afin de donner un nouvel élan à Riyad. Dans un plan de développement baptisé « Vision 2030 », ce dernier s’est notamment engagé à sevrer la « dangereuse addiction au pétrole » du royaume – il représente toujours 87 % des revenus de l’État.

Cette mutation s’appuie sur une économie plus diversifiée qui doit se nourrir de l’attrait des gisements saoudiens – le pays serait encore assis sur 260 milliards de barils de pétrole. « Au lieu de considérer le brut comme l’unique moteur économique, le gouvernement examine différents leviers, et c’est une bonne chose » s’est félicité Amin Nasser, directeur exécutif de Saudi Aramco, la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures. Pour Jean-Francois Seznec, professeur invité de la Johns Hopkins School of Advanced International Studies, on assiste à « la révolution culturelle de l’Arabie saoudite ». « Ils essaient de changer la façon dont ils font les choses. » Cette révolution passe par une privatisation générale de l’économie du pays.

Profiter de la vente de Saudi Aramco pour devenir un champion du numérique

Un élément essentiel de cette stratégie est l’introduction en bourse de Saudi Aramco. Au 1er janvier, les préparatifs ont semblé s’accélérer, quand le statut de la compagnie a été transformé en société par actions. Cette opération devrait permettre à Riyad d’empocher la bagatelle de 100 milliards de dollars, qui seront placés dans un fonds d’investissement public afin d’être réinvesti. Ce faisant, MBS suit l’exemple de la Norvège qui a mis de côté 750 milliards d’euros grâce à une manœuvre similaire. « Entre la remontée du prix du baril, la reprise de la croissance mondiale et les liquidités importantes sur les marchés financiers, le contexte actuel est favorable », explique François-Aïssa Touazi, directeur Moyen-Orient et Afrique de la société d’investissement Ardian et fondateur du think tank CapMena.

En outre, Riyad compte capitaliser sur son amitié avec Washington pour prendre le tournant du numérique. Selon de récentes informations, Alphabet, la maison mère de Google, et Saudi Aramco ont entamé des pourparlers autour de la construction conjointe d’un vaste hub technologique. Amazon discute également d’un accord pour la construction de trois data centers à Riyad. L’Arabie saoudite est une implantation idéale pour les deux groupes du numérique : c’est une économie stable et un allié géostratégique des Etats-Unis, et MBS veut faire de l’intelligence artificielle et l’automatisation les nouvelles priorités du royaume.

En retour, les deux géants américains accèderaient aux clients de l’industrie pétrolière qui cherchent à déplacer leurs opérations informatiques vers le cloud.

 

Du pétrole vers le renouvelable

En outre, le marché du pétrole connait une nouvelle mutation de taille : l’arrivée tonitruante du pétrole de schiste. D’après les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie, cette année les Etats-Unis vont supplanter Riyad, devenant le deuxième producteur d’or noir derrière Moscou. Dans le même temps, l’OPEP, sous impulsion saoudienne, a décidé au contraire de limiter sa production depuis janvier 2017 pour faire remonter le prix du baril. Et la monarchie a créé la surprise lorsque son ministre du pétrole, Ali al-Naimi, a annoncé vouloir dépasser le recours carburants fossiles et devenir un leader mondial des énergies renouvelables « probablement en 2040, 2050 ou plus tard » grâce à un programme de développement des énergies renouvelables.

Il n’est donc plus question d’épuisement des ressources, mais bien d’une transition voulue et organisée : « L’Arabie saoudite reconnaît qu’un jour le monde n’aura plus besoin d’hydrocarbures (…) Nous nous sommes donc engagés dans un programme pour développer l’énergie solaire. » Le pays a annoncer des investissements à hauteur de 100 milliards de dollars pour construire 41 Gigawatts de panneaux photovoltaïques – l’équivalent en énergie de 25 réacteurs nucléaires. Un plan qui vise à faire diminuer leur consommation intérieure de pétrole, qui lui coûte très cher – près d’un quart de sa production totale est consommée sur place. Un objectif ambitieux qui va « prendre du temps », admet le ministre.

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