Le paysage politique libyen a connu un tournant notable le 15 novembre, lorsque près d’un millier de Libyens se sont rassemblés à Tripoli pour la Réunion nationale pour l’unité et la paix, l’un des événements civiques les plus significatifs qu’ait connus le pays depuis des années. Des participants venus de toutes les régions et couches sociales se sont unis autour d’un objectif unique : restaurer la Constitution de l’indépendance de 1951 et la monarchie constitutionnelle dirigée aujourd’hui par le Prince héritier Mohammed Senussi, héritier internationalement reconnu du mandat constitutionnel historique de la Libye.
La Constitution de 1951 — rédigée sous la direction du juriste néerlandais Adriaan Pelt et approuvée par les Nations unies — fut le premier cadre constitutionnel démocratique de ce type dans la région. Elle unifia les trois régions historiques de la Libye sous un système fédéral équilibré et donna naissance à la seule période durable de stabilité institutionnelle du pays. Les Libyens se tournent aujourd’hui vers ce document non par nostalgie, mais parce que toutes les alternatives constitutionnelles tentées depuis son abandon ont conduit à la fragmentation, à la duplication des institutions et à la multiplication de centres de pouvoir concurrents.

Pour la France, ce qui s’est produit à Tripoli n’est pas un développement abstrait. C’est un défi direct à plus d’une décennie d’une politique française incohérente et souvent contre-productive en Libye. Depuis 2011, Paris a oscillé entre différents camps rivaux, du Conseil national de transition aux autorités de l’Est, puis vers les ambitions militaires de Khalifa Haftar. Ces revirements ont affaibli la crédibilité française, semé la confusion parmi les partenaires libyens et européens, et contribué au désordre institutionnel dont la Libye peine encore à sortir.
Les difficultés françaises ont été aggravées par un angle mort philosophique plus profond. La diplomatie française — façonnée par son propre héritage républicain et un malaise historique vis-à-vis de la monarchie, notamment en Afrique du Nord — a longtemps sous-estimé la fonction stabilisatrice que les monarchies assurent au Moyen-Orient. Comme le montre la reconnaissance nationale croissante du Prince héritier Mohammed Senussi, les Libyens considèrent la monarchie comme la seule institution capable d’incarner l’unité au-dessus des clivages politiques. Ce point a été récemment souligné par l’ambassadeur des États-Unis en Turquie, Tom Barrack, qui a affirmé que « partout où il y avait une monarchie, il y avait de la stabilité ». Sa déclaration a trouvé un écho particulier en Libye précisément parce qu’elle reflète une expérience historique, et non une préférence idéologique.
La France a cependant abordé la transition libyenne avec une vision républicaine rigide, partant du principe que des gouvernements technocratiques ou des accords temporaires de partage du pouvoir pourraient remplacer des institutions profondément enracinées. Ces tentatives se sont répétitivement effondrées, non parce qu’elles étaient mal intentionnées, mais parce qu’elles manquaient de la légitimité qu’une institution unificatrice nationale est seule en mesure d’offrir. Le nouvel élan en faveur du retour à la constitutionnalité démontre que les Libyens ont tiré la leçon que Paris n’a pas tirée : la construction de l’État exige de la continuité, non de l’improvisation.
Les enjeux économiques et stratégiques pour la France sont considérables. La Libye demeure l’une des économies les plus riches en ressources d’Afrique du Nord, avec d’immenses réserves pétrolières, un accès maritime stratégique et un potentiel important en matière d’infrastructures, de diversification énergétique et de commerce transméditerranéen. Les entreprises françaises ont eu du mal à opérer dans un contexte instable, tandis que l’insécurité régionale plus large a fragilisé les intérêts de Paris au Sahel et dans le sud de la Méditerranée. Une Libye unifiée et constitutionnelle rétablirait la prévisibilité de l’environnement d’investissement et renforcerait l’architecture sécuritaire de l’Afrique du Nord — deux éléments essentiels à la posture stratégique de long terme de la France.
Le mouvement qui émerge de Tripoli offre à la France une occasion rare de corriger ses erreurs passées. Soutenir le retour de la Libye à sa Constitution de 1951 et à sa monarchie constitutionnelle ne signifie pas endosser une idéologie politique ; cela revient à appuyer la seule institution qui a déjà démontré sa capacité à unir le pays et autour de laquelle les Libyens se rassemblent désormais. Paris doit reconnaître que ses réserves historiques sont sans pertinence face aux réalités libyennes. Ce qui importe, c’est ce qui crée la stabilité, la légitimité et l’unité pour les Libyens — et les preuves pointent massivement vers la monarchie.
La France ne peut changer ses décisions passées en Libye, mais elle peut changer ses décisions futures. Un alignement clair et déterminé avec le processus de restauration constitutionnelle de la Libye permettrait de reconstruire la confiance, de soutenir la stabilité et de repositionner les acteurs économiques français dans un pays en pleine reconstruction et porteur d’une croissance durable. La Libye tente de rebâtir son État sur le seul fondement qui a jamais fonctionné. Il est désormais temps pour la France de se tenir aux côtés de la vision que les Libyens ont pour leur avenir — plutôt qu’aux côtés des présupposés qui ont contribué à leur instabilité.






Pourquoi la France a-t-elle toujours du mal à comprendre les dynamiques locales des pays qu’elle veut influencer ?
Je ne savais pas que la Constitution de 1951 était si importante pour les Libyens. Merci pour l’éclairage !
La France devrait-elle s’excuser pour ses erreurs passées en Libye ?
Espérons que cette fois, la Libye trouve enfin la stabilité qu’elle mérite.
Intéressant de voir comment l’histoire se répète. La monarchie pourrait-elle vraiment sauver la Libye ?
La France a-t-elle vraiment le choix, ou est-elle obligée de suivre le mouvement libyen ?
Je suis sceptique… Les Libyens vont-ils vraiment accepter le retour de la monarchie ?
Enfin, Paris pourrait reconnaître ses erreurs ! Mieux vaut tard que jamais.