Le Medef, pronostic vital engagé ?

By on 20/03/2018

Qui pour remplacer Pierre Gattaz au poste de « patron des patrons » ? Un an après l’élection d’Emmanuel Macron, le Mouvement des entreprises de France, le Medef, est à un tournant de son histoire. L’organisation patronale peine à incarner les transformations de la société française : les jeunes entrepreneurs du secteur numérique, les créateurs de start-up ignorent pour la plupart une organisation souvent perçue comme bureaucratique et accrochée à un modèle économique hérité des trente glorieuses.

Alors que le mandat de Pierre Gattaz se termine, les candidatures se multiplient : Roux de Bézieux, Jean Charles Simon, Patrick Martin, Alexandre Saubot… et une question revient en boucle : le Medef, stop ou encore ?

 

Réformer le Medef

Le mandat de Pierre Gattaz se termine dans quelques mois. Il aura été marqué par quelques concessions arrachées à la gauche, comme le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), le pacte de responsabilité, l’allègement des cotisations sociales… Des acquis au prix de quelques compromis. C’est tout le rôle de composition du Medef sur la scène économique française : être à la fois un interlocuteur syndical, un agrégateur d’idées, un rouage du modèle social français… Un jeu d’équilibre qui devient de plus en plus périlleux. Tiraillé entre ses différents rôles, le Medef commence aussi à être dépassé par les évolutions de la société. Dans la « start-up Nation » d’Emmanuel Macron, les champions de la croissance se trouvent désormais dans le secteur du digital et des biotechs, les créateurs d’entreprises sont jeunes, connectés, à mille lieues des préoccupations du Medef « à la papa ». Snobé et ignoré par la nouvelle génération de créateurs d’entreprises, le Medef est aussi contraint au changement par la nouvelle ligne fixée par l’exécutif. Le gouvernement d’Édouard Philippe rénove au pas de charge le modèle du paritarisme, sur lequel le Medef reposait depuis un demi-siècle.

Une situation délicate qui annonce une crise latente. Deux candidats promettent aux électeurs (les organisations territoriales et les fédérations professionnelles) de prendre cette transformation à bras-le-corps : Patrick Martin et Jean Charles Simon. Le premier est un « pur entrepreneur », à la tête d’une entreprise industrielle et du Medef Auvergne/Rhône-Alpes. Un ancrage en province qui est aussi sa grande faiblesse : les organisations territoriales au Medef représentent à peine un tiers des voix. Le chef d’entreprise rhodanien souhaite administrer une cure de jouvence au Medef, en promettant une redéfinition collective des objectifs et des moyens de l’organisation. Dans les colonnes du Figaro, Patrick Martin détaille : « Les nouvelles technologies bouleversent les entreprises, la décentralisation est une réalité à laquelle on ne peut échapper et le gouvernement a une approche économique inédite qu’il nous faut accompagner ». Un positionnement rénovateur, mais moins iconoclaste que celui de Jean-Charles Simon. Véritable « poil à gratter », à la fois économiste et chef d’entreprise, Simon est le candidat le plus radical de cette élection. À la différence de Martin, il n’attend pas du système qu’il se réforme de manière collégiale, sur un compromis, mais propose une transformation totale de l’organisation. Son modèle ? Les organisations patronales américaines ou allemandes, plus proches du groupe de lobbying et du think thank que du syndicat, impliquées dans le combat idéologique et médiatique plutôt que dans les négociations sociales.

 

Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot, la continuité

Le favori dans ce scrutin reste pour l’instant Geoffroy Roux de Bézieux. Médiatique, le vice-président du Medef mise sur la prudence. Il a su s’attirer les bonnes grâces de quelques fédérations professionnelles et compte sur une campagne consensuelle pour s’imposer sans vagues. Depuis quelques semaines, il multiplie les messages de soutien à l’égard du gouvernement, une manière d’établir une relation cordiale avec l’exécutif en cas de victoire. Mais attention à ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué : en interne, le favori en gêne plus d’un, et de nombreux membres du Medef rechignent à confier les clefs de l’organisation à un apparatchik, davantage un « homme de réseaux » qu’un entrepreneur.

D’ailleurs, il est sérieusement concurrencé sur ce créneau par Alexandre Saubot un autre « homme d’appareil » du Medef, qui promet lui aussi aux membres de l’institution de ne pas bousculer celle-ci. À la tête de l’UIMM, la fédération des industries métallurgiques et acteur historique du Medef, Saubot incarne pour sa part cette économie des trente glorieuses, désormais en décalage avec l’économie des services ou la montée en puissance du numérique. Mais sa fédération reste une puissance incontournable au Medef et un sérieux atout dans la course à la présidence.

Face à la crise existentielle que connait le Medef, Roux de Bézieux et Saubot misent tous les deux sur la continuité : le minimum de changements pour que rien ne change. Un pari hasardeux pour une organisation dont le pronostic vital est engagé.

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