Le Qatar demande aux Américains d’enquêter sur les EAU pour « guerre financière »

By on 28/03/2018

Persuadée que les pays ayant imposé le blocus « tentent de manipuler et saper » la devise qatarienne, la Banque centrale du Qatar en appelle aux Américains.

 

Deux lettres en provenance du Qatar ont récemment contribué à approfondir la crise du Golfe, selon les informations diffusées dimanche 18 mars par l’agence Reuters.

Dans la première lettre, datée du 26 février, le cabinet d’avocats de la Banque centrale du Qatar demande au Trésor américain d’enquêter sur NBAD Americas, la filiale américaine de la First Abu Dhabi Bank (FAB), banque détenue majoritairement par la famille royale d’Abu Dhabi.

Dans la deuxième missive, les avocats demandent à la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) des États-Unis d’enquêter sur une possible manipulation de la monnaie du Qatar, le riyal.

« Nous croyons que la NBAD a participé à un plan extraordinaire et illégal pour mener une guerre financière contre le Qatar, y compris par la manipulation des marchés des devises et des valeurs mobilières du Qatar », dénonce la lettre adressée au Trésor américain. « Ces actions doivent être arrêtées immédiatement, et nous vous demandons d’enquêter pour savoir si la NBAD a soutenu directement ou indirectement la manipulation des marchés du Qatar, y compris par le biais des services de compensation en dollars ou de correspondance bancaire aux États-Unis », ajoutent les avocats.

 

Guerre financière

Reuters rappelle que la Banque centrale du Qatar avait lancé en décembre une enquête sur une possible manipulation de ses marchés par les pays ayant imposé le blocus économique, à savoir l’Arabie saoudite, l’Égypte, le Yémen, Bahreïn et les Émirats arabes unis. « Nous savons que les pays qui organisent le blocus contre nous et leurs émissaires tentent de manipuler et saper notre devise, nos actifs financiers et produits dérivés, dans le cadre d’une stratégie coordonnée pour porter atteinte à notre économie », écrivait la Banque centrale dans un communiqué daté du 19 décembre 2017.

Au cours des premiers mois du blocage, la monnaie qatarienne s’était en effet négociée à un niveau exceptionnellement bas à l’étranger. La Banque centrale du Qatar avait alors accusé des banques anonymes d’essayer de manipuler le riyal en le négociant entre elles à des niveaux artificiellement faibles pour donner l’impression que l’économie du Qatar était en train de s’effondrer, souligne Reuters.

Dans la lettre au Trésor américain, les avocats du Qatar ont enfin écrit le nom de la NBAD, qu’ils soupçonnent de faire baisser le riyal pendant les périodes illiquides, notamment lors de la fête de l’Aïd-Al-Fitr l’an dernier, « renforçant le discours selon lequel la monnaie du Qatar était de plus en plus volatile et son économie trop instable ». Pour les avocats, « les cotes de la NBAD — et celles d’autres banques impliquées dans la manipulation — étaient probablement toutes fausses ».

 

Washington prêt à intervenir

Depuis le début de la crise, Doha a demandé à plusieurs reprises la médiation de Washington. Si ces tentatives étaient jusqu’ici restées sans succès, les choses pourraient rapidement évoluer. Selon les informations d’Al Jazeera, le président américain a profité de la visite du prince saoudien Mohammed Ben Salman le 20 mars dernier pour exhorter ce dernier à trouver une solution à la crise du Golfe. C’est un haut fonctionnaire de la Maison-Blanche qui, sous couvert d’anonymat, a transmis l’information aux journalistes : « M. Trump a insisté pour que les Saoudiens prennent un rôle clé de leadership dans la région et les a encouragés à la résolution du conflit ». Une façon diplomatique d’expliquer aux Saoudiens que cette crise a assez duré et que les États-Unis continueront de soutenir Riyad si ils lâchent du lest dans le conflit qui les oppose aux Qataris.

D’ailleurs, la visite du prince héritier saoudien est la première d’une série de réunions bilatérales que le président américain doit tenir au cours des deux prochains mois. Les pourparlers avec les dirigeants tourneront autour de la possibilité d’établir un sommet CCG (Conseil de Coopération du Golfe) avec les Américains invités dans le rôle d’arbitre.

Lundi 19 mars, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, a affirmé n’être au courant d’aucun plan spécifique pour un éventuel sommet. Mais son homologue qatarien, Sheikh Mohammed Ben Abdulrahman Al Thani, avait déclaré le mois dernier que son pays serait prêt à participer à un sommet US-CCG au printemps prochain. La balle est du côté des Saoudiens.

 

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