Démarche RSE : quels impacts pour les salariés et l’entreprise ?

By on 25/03/2019
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Rendue obligatoire pour les sociétés de plus de 500 employés, la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) peine encore à se familiariser pleinement auprès des salariés. Mais à en croire les différentes études sur le sujet, les entreprises seraient de plus en plus conscientes de son impact positif sur l’ensemble de leurs activités.

Alors que la loi PACTE (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) fait toujours débat autour de la privatisation d’ADP (Aéroports de France), de la Française des Jeux et d’Engie notamment, le rôle de l’entreprise dans l’économie et la société est devenu un sujet central. Et pour cause : dans un marché mondialisé et donc hautement concurrentiel, PME comme grands groupes doivent résoudre une équation à plusieurs inconnues, entre rentabilité économique, respect des nombreuses réglementations et bien-être des employés. Si le concept de RSE demeure encore flou (12 %), voire inconnu (49 %) pour la majorité des salariés français, ces derniers attachent de plus en plus d’importance à la responsabilité de leur employeur vis-à-vis de leurs conditions de travail, du sens de leurs missions et de l’impact de leur activité sur l’environnement. En France, plus de trois travailleurs sur quatre qualifieraient ainsi leur entreprise de responsable. Pour 55 % d’entre eux, la démarche RSE permettrait d’améliorer son image, puis d’être plus éthique dans ses activités (46 %), de satisfaire aux obligations légales (39 %) et de renforcer le sentiment d’appartenance des salariés (35 %), d’après une récente étude réalisée par l’Ipsos et Open Mind Kfé. Ils ne seraient toutefois que 26 % à mettre en avant les gains de performance, qui s’élèveraient pourtant à 13 % en moyenne, d’après un rapport de France Stratégie datant en 2016.

Une lente montée en puissance

Décrit en 1953 par l’économiste américain Howard Bowen, le concept de RSE a mis plusieurs décennies à se faire une véritable place dans le monde du travail. Face à l’explosion du chômage, de l’exclusion sociale et de la pollution industrielle, la responsabilité sociétale des entreprises est finalement devenue un moyen de réconcilier les acteurs de l’économie avec le monde dans lequel elles vivent. Depuis 2001, la loi française impose aux sociétés cotées en bourse de préciser les conséquences sociales et environnementales de leurs activités dans leur rapport annuel. Et ces 10 dernières années, les obligations légales se sont renforcées autour du reporting extra-financier des entreprises, notamment en matière d’enjeux climato-énergétiques. En 2011, la commission européenne a pour sa part défini la RSE comme étant la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société. Reconnue par la norme ISO 26000, cette démarche implique « de respecter la législation et les conventions collectives », mais aussi d’engager « un processus destiné à intégrer les préoccupations en matière sociale, environnementale, éthique, de droits de l’Homme et de consommateurs dans les activités commerciales et la stratégie de base ». La RSE est généralement mise en œuvre selon deux approches complémentaires : soit en déconnectant les actions aux activités de l’entreprise, soit en intégrant les projets à sa stratégie globale.

« Faire partie de la solution »

Pour les entreprises, la démarche responsable représente aujourd’hui un enjeu crucial vis-à-vis de l’administration, des salariés, fournisseurs et clients. De plus en plus conscientes de leur impact environnemental, social et économique, elles ne s’engagent pas seulement par obligation, mais aussi par conviction. « J’ai eu une prise de conscience en voulant répondre à la question “comment changer nos comportements individuels tout en agissant collectivement sur les enjeux tels que l’optimisation des économies d’énergie ?”, explique Myriam Maestroni, ex-cadre dans les industries fossiles, fondatrice d’Économie d’énergie. Pour cela, il faut trouver un modèle économique, il faut trouver des clients et convaincre ses interlocuteurs que nous faisons tous partie de la solution pour atteindre une société à 100 % d’énergies renouvelables. » « Il y a un côté de l’argent et de plus en plus d’investisseurs disponibles et demandeurs et, de l’autre, des besoins insatisfaits, ajoute Jean-Baptiste Sarlat, responsable croissance verte au sein du groupe bancaire BPCE. Il faut trouver le modèle économique pour permettre à ces deux réalités de se trouver avec des opportunités incroyables à la clé. »

Un outil de mesure important pour les entreprises

Sur le terrain, l’engagement dans une démarche RSE permet donc de mesurer les différents impacts de l’entreprise sur la société et d’identifier ses lacunes. Cette introspection peut déboucher sur des économies en ressources matérielles (papier, eau, carburant, électricité, etc.), des initiatives de recyclage ou d’économie circulaire, des actions en faveur de la mixité dans l’entreprise ou encore une gouvernance plus horizontale. Depuis plusieurs années, Essilor s’est ainsi fixé comme ambition de proposer des produits accessibles aux personnes avec peu de ressources financières. « Toute une division de l’entreprise a été mise sur pied pour développer le marketing inclusif et créer des solutions de prévention, de diagnostic et de fabrication compatibles avec ces marchés parfois très reculés en Afrique ou en Inde, témoigne Xavier Galliot, directeur de la durabilité chez le fabricant de verres pour la vue. Le directeur général a fixé un objectif : celui d’éradiquer le mal-voir d’ici 2050, et a nommé un chief mission officier au comité stratégique qui est devenu son bras droit. Toutes les activités d’Essilor doivent désormais prendre en compte cette stratégie. » Dans la même logique, le groupe EDF a signé en juillet 2018 un accord mondial sur sa responsabilité sociale, qui s’applique à l’ensemble de ses 160 000 salariés dans 24 pays. Ce contrat, validé par tous les syndicats, vise notamment à étendre au-delà de l’Hexagone les principes de transparence fiscale, de « transition juste » et de lutte contre les discriminations. Il fait suite à de précédents accords conclus dès 2005 et 2009. « La démarche d’EDF témoigne d’une volonté et d’un d’engagement sociétal qui ne date pas d’aujourd’hui, il est ancré dans l’histoire et dans la raison d’être d’EDF. Ainsi, plus de 160 000 salariés, dans 23 pays différents, bénéficient directement de cet accord qui s’inscrit dans une volonté de progrès continu. » précise Christophe Carval, Directeur Exécutif Groupe en charge de la Direction des Ressources Humaines chez EDF.

Un atout pour la communication

Pour les entreprises, l’engagement dans une démarche RSE constitue, enfin, un outil de communication utile pour mobiliser les salariés autour d’actions bénéfiques pour tous et améliorer l’image auprès des clients, fournisseurs et partenaires. Pour preuve, la marque américaine Patagonia a dès ses débuts, en 1972, cherché à minimiser son impact environnemental. En 2001, elle a lancé la fondation « 1 % pour la planète », qui regroupe aujourd’hui 1 300 sociétés ayant accepté de céder 1 % de leur chiffre d’affaires à des associations de protection de la nature. Grâce à cette image positive, l’entreprise connaît une croissance annuelle de 10 %. En France aussi, les consommateurs seraient très attentifs aux efforts des sociétés en matière de responsabilité. Selon une étude réalisée en 2018 par le cabinet Denjean & Associés, 88 % des habitants penseraient qu’une bonne politique de RSE renforce l’image positive de l’entreprise, et 90 % plébisciteraient celles engagées dans des projets d’intérêt commun. À l’inverse, 97 % de Français se diraient prêts à renoncer aux services ou produits de grands groupes peu respectueux de la société et de l’environnement.

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